VERS UN PATROTISME EUROPÉEN ? NOTAMMENT PAR UNE RÉELLE DÉFENSE EUROPÉNNE !

Le premier Ministre, Charles MICHEL plaide, aujourd’hui, au Sommet de Malte pour un « patriotisme européen ». Il le qualifie de « réaliste et volontariste » appelant les Européens à ne pas subir la situation face aux nouvelles donnes politiques.

Charles MICHEL appelle les citoyens européens à ne pas être aveugles ou sourds face au nouveau modèle pour les relations transatlantiques qu’amène l’élection de Donald Trump mais également la situation en Chine avec Xi Jinping et également en Russie avec Vladimir Poutine. Sa solution ? Un patriotisme européen, sans naïveté, mais avec réalisme.

Personnellement, cela fait plusieurs années que je prône un modèle européen fort : celui de la Défense européenne. Revenons sur plusieurs pistes de réflexion.

En 2007, en tant que Ministre de la Défense, je partageais lors d’une conférence à Louvain-la-Neuve ma vision sur l’Europe de la Défense. L’Europe fêtait alors son 50ème anniversaire et je constatais que « peu de citoyens européens savent que l’Europe a mis sur pied depuis 1998 une « Politique européenne de Sécurité et de Défense » (PESD) et depuis cette date elle a connu une expansion considérable avec à son actif la mise sur pied de plus d’une quinzaines de missions de paix tant civiles que militaires à travers différents continents (Balkans, Afrique, Asie, Proche-Orient). Je plaidais alors pour une Défense européenne concrète et pragmatique qui avance par des projets concrets sur le terrain ».

En avril 2013, alors Président de la Chambre des Représentants, lors d’un débat citoyen de Louvain-la-Neuve, j’affirmais qu’il est « urgent de rétablir la confiance entre l’Europe et ses concitoyens en développant des politiques plus ambitieuses notamment en matière de défense européenne en créant une réelle solidarité entre les Etats membres de l’Union Européenne (et non de la compétition comme tel est le cas actuellement !) ». Tandis qu’en septembre 2013, lors de la Conférence interparlementaire de Vilnius, lors de mon discours, je mettais en exergue le fait que « plus aucun pays européen ne peut agir seul en matière de défense, faute de moyens matériels, budgétaires et humains : malgré nos 190 milliards d’euros de dépenses de défense et notre million et demi de militaires, nous ne disposons que des bien piètres capacités opérationnelles. Ces dépenses de défense peuvent et doivent être diminuées. Le sauvetage de notre système économique, de nos institutions financières, de notre sécurité sociale a mobilisé des montants considérables. Il ne faut pas augmenter nos budgets de défense mais bien leur efficience. (…) La Chambre de Représentant a adopté une résolution relative à l’avenir de l’armée belge dans le cadre d’une plus grande intégration européenne. Cette résolution plaide notamment pour le dépassement du pooling and sharing et pour une approche basée sur un degré d’intégration plus élevé, dont l’objectif ultime est une défense commune. (…) Bien qu’essentiel, l’avenir à long terme est trop souvent négligé. Le Collègue européen de Sécurité et de Défense, dont le statut a enfin été revu en avril 2013, reste embryonnaire. J’appelle à la mise en réseau, au sein de l’Union européenne, des institutions militaires d’enseignement universitaires. Ce réseau devrait se structurer, pour devenir une Université européenne de Défense. C’est par la formation que nous ferons le mieux avancer la Défense européenne. » Un mois plus tard, je rencontrais Madame Cécile KYENGE, Ministre de l’Intégration de la République italienne. A cette occasion, « la Ministre est moi-même nous sommes entendus pour adresser un courrier aux Présidents d’assemblée en Europe en vue d’une action conjointe concernant notamment les drames migratoires en mer Méditerranée. Mais aussi, dans le cadre de la Défense européenne, avec la perspective du sommet sur la question en cette fin d’année, je soumettrai un amendement concernant notamment la lutte contre le trafic des êtres humains par une meilleure coopération maritime. La réponse européenne à ces drames humains quotidiens ne peut plus attendre. » Fin 2013, au mois de décembre, lors d’une conférence à l’Institut Emile Vandervelde (IEV) sur l’avenir de la Défense européenne, je notais : « s’il est vrai que les citoyens se soucient peu de la Défense européenne, une défense européenne créerait pourtant des emplois et tendrait à relancer l’économie. Outre les gains d’efficience, la mutualisation des capacités des armées nationales de l’Union favoriserait des économies à grande échelle au sein de chaque Etat membre. (…) L’Europe doit pouvoir s’imposer sur la scène internationale et vouloir une vraie défense, complémentaire à celle de l’OTAN. Depuis 2003, je défends le fait que l’un de ses piliers soit l’humanitaire. L’Europe pourrait ainsi intervenir dans des pays qui la solliciteraient pour les aider à progresser. La relation qui unirait l’Union au pays demandeur s’établirait dès lors dans un respect mutuel et aucun système politique ne lui serait imposée… Seul un partenariat sans vue colonialiste peut aboutir à une bonne entente entre les pays »

C’est dernièrement en tant que Ministre d’Etat, ancien Ministre de la Défense et avec un regard observateur que je m’exprimais encore et toujours sur le sujet. En 2016, j’étais interpellé sur la gestion de la Défense par le Gouvernement actuel. Je m’étonnais qu’on tende vers une privatisation de la Défense et à une subordination de celle-ci à celle des Pays-Bas… ! Mais également, la disparition progressive et quasi complète du travail de mémoire, notamment avec le Musée royal, institution tantôt régionalisée tantôt privatisée, d’une part, et de l’enseignement et la formation militaire, d’autre part. Enfin, suite au référendum sur le Brexit, le jeu politique a été rouvert : « le résultat du référendum sur le Brexit crée le besoin d’une relance de l’Europe politique, de la mise en place d’une défense européenne et d’une rénovation de la diplomatie, tant au niveau du Service européen d’action extérieure que des Etats membres. (…) Depuis Margaret Thatcher, le Royaume-Uni a été un frein à l’intégration européenne. En particulier, la Politique de sécurité et de défense commune, la mise en place d’une défense européenne effective et l’Agence européenne de défense ont été bloquées, sans parler de l’Europe sociale, de l’Europe discale, de la politique économique commune, des politiques industrielles. (…) Il faut donc fédérer les Etats qui ont pris conscience de leur manque de souveraineté, car seules les superpuissances ont du poids dans les affaires du monde actuel, globalisé. »

Aujourd’hui, le Premier Ministre, Charles MICHEL prône un patriotisme européen. L’idée ne me semble pas mauvaise et on peut qualifier son appel de sursaut salutaire. Je reste néanmoins sceptique quant aux réponses qui seront apportées par les autres pays européens maintenant que la Royaume Uni est sorti l’Union. En effet, il me semble, comme je le préconise depuis plusieurs années, qu’il faut commencer par la constitution d’une réelle défense européenne. Cette conclusion est d’ailleurs partagée par l’étude poussée réalisée par le colonel Jean MARSIA dans sa thèse intitulée « De l’École royale militaire de Belgique à une université européenne de défense. La clef d’une défense européenne ! ».

 

André FLAHAUT
Ministre d’Etat
Ancien Ministre de la Défense

 

 

One thought on “VERS UN PATROTISME EUROPÉEN ? NOTAMMENT PAR UNE RÉELLE DÉFENSE EUROPÉNNE !

  1. Monsieur le Ministre,

    J’ai 2 choses à dire solidarité défense européenne ok mais qu’ il fasse déjà son boulot pour la Belgique, en tout point de vue.

    La 2 ième étant VIVE le retour au service militaire pour les jeunes au lieu de traîner les rues pendant leur période d’attente d’ouverture des allocations de chômage, et il y aurait aussi beaucoup moins de délinquance dans notre pays. Voilà mon point de vue, peut être à dimanche à Wanse pour la fête de la crêpe organisée par les faucons rouges.

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