ABBW 2017 – Togo

Mon discours lors le d’Africa-Belgium Business week 2017 au Château de Genval.

 

Mesdames et Messieurs,
En vos titres et qualités,
Bonjour,

 

Permettez-moi tout d’abord de féliciter les organisateurs, mais aussi de les remercier de m’avoir invité à vous livrer ce mot introductif.

En tant qu’homme politique, je n’ai de cesse de plaider en faveur de la mise en place d’un partenariat intelligent entre l’Afrique et l’Europe. Ce partenariat, dans la façon dont je le conçois, s’inscrit dans le long terme. Il est basé sur le respect mutuel, ce qui implique d’éviter tout travers néocolonialiste ou paternaliste.

Quand je parle d’Afrique, je parle aussi du Sud de la Méditerranée. L’Europe, et je l’ai toujours dit, a trop longtemps négligé son axe Nord-Sud en s’élargissant vers l’Est.

Quand je vois comment se comportent certaines personnalités politiques à l’égard de leurs homologues, il y a de quoi tomber de sa chaise. Où est la confiance entre l’Europe à l’Afrique ? Où se trouve le respect ? Qu’en est-il d’un dialogue basé sur l’égalité ?

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Cette idée de partenariat prend par exemple tout son sens au regard de l’actualité en Afrique centrale. La communauté africaine, d’abord, et internationale, ensuite, doivent jouer un rôle pour soutenir la région. Je plaide depuis des mois pour que l’on mette en place des accompagnateurs de processus. La communauté internationale devra mettre des moyens sur la table pour permettre l’organisation d’élections en République démocratique du Congo.

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A l’heure où les Britanniques ont annoncé officiellement qu’ils allaient quitter l’Union européenne, j’appelle à un sursaut pour resserrer les rangs. L’Union européenne manque de volonté politique. Elle est engluée dans ses problèmes internes. Avec l’Amérique de Trump, il y a un espace pour que l’Europe soit plus présente en Afrique. Mais en aura-t-elle la volonté ?

Sur les 10 à 20 prochaines années, la géopolitique africaine aura beaucoup changé. Nous sommes enfermés dans des lourdeurs bureaucratiques dans la réponse aux besoins concrets des populations. Les Européens ne pourront s’en prendre qu’à eux-mêmes s’ils sont exclus de ce futur africain.

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Nous sommes face à une Europe forteresse qui se concentre sur le commerce et le blocage des migrations. Si l’Europe voulait vraiment arrêter ces migrations, elle pourrait le faire en mettant en place des réelles politiques de développement.

L’Europe se découd en fermant ses frontières extérieures et en recréant des frontières intérieures. Après la guerre, l’idée d’Europe faisait écho à des valeurs. Mais on en a principalement fait une institution économique. On est passé à côté de l’Europe de la Défense, tout comme de l’Europe sociale. On a négligé « l’Europe des personnes » au profit de « l’Europe des marchés ». La population ne perçoit pas la force mobilisatrice de l’Europe. D’où l’émergence des populismes et de partis aux extrêmes.

Cette Europe forteresse se dresse non seulement contre ces fameux « migrants », mais aussi contre sa propre population en imposant des mesures d’austérité. Ces mesures menacent nos acquis sociaux, ciment de la cohésion de notre société. Dans ce débat, il s’agit de ne pas se tromper de cible. Ces migrants et nos exclus, que d’aucuns seraient tentés de regarder de haut, sont avant tout des victimes d’un système qui ne fonctionne pas, en tout cas pas au bénéfice du bien commun. Il est donc urgent de prendre des politiques correctrices de l’injustice sociale.

Face aux catastrophes humanitaires auxquelles nous assistons à travers le monde, le silence des morts est aussi assourdissant que celui de l’absence de solidarité qui en découle. Quand on sait que le nombre de crises et leur gravité vont augmenter dans les années qui viennent, le sursaut auquel je faisais référence prend tout son sens.

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L’Afrique tient son avenir entre ses mains. Elle a la possibilité de sauter des étapes. Elle a le luxe de passer aux panneaux solaires sans passer par les polluants et bruyants générateurs. Développer ses infrastructures et ses services sans dégrader l’environnement, n’est-ce pas un programme intéressant ?

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En Belgique, il faut travailler avec les entités fédérées, compétentes pour répondre à des préoccupations comme l’accès à l’eau, à la santé et à l’éducation. Nous avons tout intérêt à développer une stratégie de partenariat qui part des individus avant les institutions.

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Nous venons de commémorer les attentats du 22 mars qui ont frappé le métro bruxellois et l’aéroport national. Il est urgent de resserrer les liens entre les personnes et de construire un meilleur avenir, porteur d’espoir pour chacune et chacun.

Cette idée de partenariat, j’en suis certain, finira par voir le jour. J’ai bien attendu plus de 20 ans pour assister – enfin – à la mise en place d’un cours de citoyenneté dans nos écoles.

La politique ne laisse pas de place au fatalisme et au découragement. La route est longue et, comme le dit ce proverbe africain par lequel je conclurai mon intervention : « Si tu veux aller vite, vas-y seul. Mais si tu veux aller loin, il faut y aller ensemble. ».

Alors, bonne route et merci de votre attention !

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