La terreur dans les mots et l’opportunisme des lâches

Ici comme ailleurs, nous sommes entrés dans une nouvelle ère : celle de la malveillance et du mépris, celle de la grossièreté aussi, celle de la calomnie surtout. Bien sûr, la guerre des mots fait partie de la vie politique. Et en tant que mandataires, nous devons accepter la critique et tâcher d’y répondre ; accepter de se voir malmenés, contestés, injuriés parfois. C’est souvent de bonne guerre. Que cela plaise ou non, le champ politique est une terre d’affrontements et de polémiques.

Toutefois la violence à laquelle on assiste aujourd’hui est d’une autre nature. Sa fonction n’est pas de susciter la réplique ni d’engager un débat contradictoire, mais de réduire l’un et l’autre à néant. Le but est de discréditer les valeurs de ceux que l’air du temps autorise à livrer à la vindicte populaire ; ceux qu’on peut humilier sans peur et sans reproche. Tous les coups sont permis, spécialement les plus bas. Dans cette violence-là, la démocratie n’a rien à gagner, les citoyens non plus. De leur côté, les extrêmes et les populistes se régalent de voir la situation pourrir et le chaos se préparer. Chaque jour, ils attendent que de nouvelles voix viennent se joindre aux hurlements des loups.

Les agissements de certains mandataires de tous les partis n’en restent pas moins condamnables. Chacun sait qui ils sont : inutile de rappeler leurs fautes. En tant que socialistes, nous portons le lourd fardeau des trahisons de ceux qui furent des nôtres. En même temps, nul ne peut honnêtement confondre l’engagement courageux de milliers de femmes et d’hommes avec les forfaitures de quelques-uns. Force est de constater qu’il n’est que l’opportunisme des lâches pour justifier qu’on utilise ces agissements-là pour balayer d’un revers de manche les réalisations des socialistes d’hier et d’aujourd’hui. Des socialistes qui, justement, œuvrent sans relâche à réformer la gouvernance et à réinventer les pratiques. Des socialistes qui, malgré la tempête, font preuve de leur sens de l’État en continuant à travailler.

Ne soyons pas dupes du jeu mesquin et petit des artisans de cette supercherie. Lesquels, pour des raisons purement électoralistes, cherchent à confisquer la discussion démocratique en attaquant et en condamnant à tout va. En l’occurrence, il ne s’agit pas de critiquer nos idées, nos projets, ni même nos combats. Il ne s’agit pas non plus de porter des réformes, mais de profiter des circonstances pour faire diversion et passer en force. Ceci étant dit, jeter sans distinction l’opprobre sur toute une famille politique ne fait pas honneur aux censeurs qui en appellent à notre éviction. En effet, les manquements et les outrages des uns ne sauraient, d’aucune manière, redorer le blason de ceux qui les conspuent – ces donneurs de leçons pris quelquefois la main dans le sac…

À l’évidence, certains sont prêts à tout, notamment à faire régner la terreur par les mots. Nettoyer, liquider, épurer, chasser, jeter, expulser, éliminer… la violence, au moins symbolique, dont ces mots sont porteurs n’est pas à négliger. Tant s’en faut. Cette violence en délecte beaucoup – peu importe leurs noms. Une première juge, par exemple, opportunes les mesures de « salubrité publique » engagées contre les socialistes. Un deuxième prône la « purge » du monde politique et l’évincement de Satan comme de ses suppôts (avérés, présumés ou fantasmés). Un dernier peut enfin hurler sa haine féroce du Parti socialiste. Il n’a d’ailleurs qu’un seul mot à la bouche pour qualifier l’aversion qui l’anime : « vomir ».

Cette culture de la violence verbale favorise les mensonges, les tromperies et tous les trucages. Elle ne cesse de conforter les discours nihilistes et destructeurs dont on ne tirera rien de bon. Qu’on ne soit pas d’accord avec nous est une chose – légitime, du reste. Proclamer qu’en cent trente ans d’efforts et de luttes les socialistes belges n’ont su bâtir que des illusions en est une autre, toute différente.

Face aux insinuations, aux réécritures de l’Histoire et aux rires gras, nous, socialistes, ne comptons pas rester les bras ballants : nous avons des combats à mener et des idéaux à défendre. Au sein des majorités comme dans l’opposition (celle qui, peut-être, est à venir demain), notre détermination et nos convictions sont intactes. Mieux, elles se sont renforcées !

La terreur dans les mots et l’opportunisme des lâches[1] – [1] Cette opinion fait suite à un premier texte, cosigné avec le Député fédéral Stéphane Crusnière, et publié le 5 juillet dernier sur Levif.be : http://www.levif.be/actualite/belgique/des-valeurs-et-des-actes-appel-aux-democrates-de-tous-horizons/article-opinion-688351.html.

 

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