Asile, accueil et migrations. L’illusion populiste ou la voix du ressentiment (Le Vif, 31 août 2017)

MigrationsLa politique brutale et aveugle de Theo Francken à l’égard des migrants, des réfugiés, des déplacés réclame notre plus grande vigilance. Et l’accord de collaboration Fedasil-Forem conclu ce mardi avec Pierre-Yves Jeholet, nouveau ministre wallon de l’Économie, n’incite, à vrai dire, guère à l’optimisme.

Nous avons le devoir d’affronter les faiseurs d’illusions et les démagogues. Inutile d’hésiter : notre silence sur ce sujet vaut complicité.

L’impasse du préjugé

« Je n’ai de leçon d’humanité à recevoir de personne », déclarait récemment Francken dans L’Écho. Difficile d’être plus scandaleusement risible et cynique. L’immigration : ce thème est aussi brûlant qu’il est riche de mensonges et de clichés ; riche de mépris également. Par populisme ou démagogie, par provocation peut-être, par électoralisme surtout, certains se plaisent d’ailleurs à manipuler la réalité afin de donner corps aux fantasmes, à l’angoisse.

Il est facile d’attiser les peurs (celle du terrorisme, bien sûr, celle de l’Islam, de la différence et de la diversité) pour imposer, au nom d’une raison prétendument supérieure, des mesures sécuritaires et liberticides. Il est facile d’alimenter le ressentiment et de diviser les peuples pour faire passer en force des décisions injustes. Il est facile d’invoquer le « choc » des cultures et des civilisations pour inspirer des sentiments hostiles envers des boucs émissaires désignés. Résistons aux manœuvres des populistes et à leur rhétorique réductrice !

Lorsque les préjugés sont là, l’immigré, l’étranger, l’autre tout simplement, n’en finit pas de susciter la méfiance autant que le rejet. Il est pointé du doigt. Il est mis à l’écart. Sa différence est manifeste : il a d’autres coutumes et convictions ; une autre apparence. Toutefois, bien souvent, un premier pas suffit pour sortir de l’impasse et pour cheminer avec lui vers un futur commun.

Un compagnon de voyage

Éduquer, justement, c’est apprendre, dès le plus jeune âge, à accomplir ce premier pas ; apprendre à se nourrir des différences d’autrui ; apprendre à regarder l’étranger comme un ami, un frère, et comme un compagnon de voyage. Saint-Exupéry écrivait justement : « Celui qui diffère de moi, loin de me léser, m’enrichit. » Telle est la devise qu’il convient de faire rayonner sans relâche – et parfois malgré tout. Car face aux préjugés rien n’est jamais acquis !

Le repli sur soi, la fermeture des frontières, le nationalisme, l’égoïsme – autant de passions tristes – se propagent parmi les peuples d’Europe, jusque dans les contrées les plus reculées. Les épreuves, drames et crises envahissent l’espace politique et médiatique. Par suite, devant l’omniprésence des discours anxiogènes, la voix des progressistes et des tenants de l’ouverture a du mal à porter. Elle demeure inaudible dans la cacophonie ambiante ; inaudible face aux appels insistants et répétés à la « tolérance zéro » ; inaudible face à l’illusion de puissance que l’intolérance procure.

Jour après jour, les prêcheurs de haine s’attachent à renforcer l’opposition entre « nous » et « les autres ». Leur but est clair : laisser croire que « nous » serions plus heureux et plus libres si « les autres » n’étaient pas là. Or, ni la liberté ni le bonheur ne peuvent s’obtenir au mépris de ceux qui nous entourent ; au mépris du sens de la solidarité et du partage.

Repenser la solidarité

Être solidaire, cela s’apprend, se cultive, s’entretient. Il ne s’agit pas, ou du moins pas seulement, de verser quelques larmes à la vue d’un enfant mort sur une plage ou dans un camp de réfugiés, de compatir au sort tragique des migrants en Méditerranée, ou encore de s’émouvoir des images d’une famine ou d’une guerre. La solidarité, c’est plus que cela – beaucoup plus. Il s’agit d’abord d’une démarche : celle qui consiste à s’ouvrir aux autres en cherchant à construire avec eux un monde fondé sur le respect mutuel, le principe de justice, l’écoute et l’entraide.

Ceci étant posé, même s’il est impossible d’accueillir tous les réfugiés, nos efforts restent aujourd’hui bien trop modestes et mal orientés. De retour d’une mission au Liban, les lacunes qui sont les nôtres m’apparaissent d’autant plus flagrantes. En tout état de cause, la lutte ne doit pas viser les candidats à l’exil, mais les trafiquants d’armes, d’organes ou d’êtres humains qui veulent tirer profit des tragédies du monde et de leurs victimes. Ces trafiquants sont les vrais criminels de notre temps. C’est à leur égard qu’il convient de faire preuve d’intransigeance et de ténacité. C’est eux qu’il faut combattre à tout prix.

Pour une logique du partenariat

Les politiques migratoires ne sauraient, pour leur part, manquer d’humanité. La brutalité n’est jamais la bonne réponse face à ceux qui souffrent. Au reste, seule une action concertée au niveau européen et en relation étroite avec les pays d’origine peut conduire à des solutions durables. La coopération que j’appelle de mes vœux doit aller – par-delà les aspects purement économiques – dans le sens du partenariat démocratique et viser l’épanouissement de tous.

Avant tout, l’accueil des réfugiés (qu’ils soient politiques, climatiques ou économiques, peu importe… les distinctions sont indécentes, pis, elles sont vaines) doit s’opérer dans des conditions de dignité et de sécurité auxquelles chacun a droit. Le parc Maximilien représente, à plus d’un titre, une honte et un témoignage de mépris.

Des valeurs d’avenir

L’aspiration au bonheur autant qu’à l’éducation, pour soi-même et ses proches, est aussi légitime qu’elle est respectable. Dès lors, essayons de répondre à l’aspiration de ceux qui, comme le chante Aznavour, « ont travaillé pour demain, servant d’exemple au genre humain ». D’exemple, oui ! N’en déplaise à certains.

Bonheur, vivre-ensemble, solidarité entre les peuples, justice et respect : telles sont les valeurs à défendre contre l’indifférence et, plus encore, l’inhumanité promues par quelques-uns. Les frontières physiques et psychologiques, les barrières en tous genres, méritent plus que jamais d’être dépassées et, sans doute, abolies. Notre avenir à tous en dépend.

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