Remplacement des F-16 : une opportunité européenne à saisir (Le Soir, 10 septembre 2017)

Avion2Dans l’actuel contexte stratégique, le gouvernement fédéral et les entités fédérées ont tout intérêt à examiner sérieusement, et de façon conjointe, l’offre de partenariat formulée par la France en marge de la réunion européenne qui s’est tenue ce jeudi 7 septembre à Tallinn (Estonie).

Outre le remplacement de nos anciens F-16 par les Rafales de Dassault Aviation[1], la proposition du gouvernement français ouvre de nouvelles voies pour la Défense belge, mais aussi pour l’Europe. En effet, la coopération structurante qui nous est offerte vise, par-delà la fourniture d’avions de combat, le développement, le partage et l’amélioration réciproque des « capabilités techniques » ayant trait à des aspects opérationnels, de formation et de soutien. Florence Parly, Ministre française des Armées, pointe aussi les « possibilités de coopération industrielle et technique » qu’un partenariat de ce type viendrait alimenter pour les entreprises de nos deux pays.

Tandis que le Royaume-Uni négocie sa sortie de l’UE (prévue pour mars 2019), ce qui la met de facto en retrait de la Politique européenne de Sécurité et de Défense (au sein de laquelle elle a d’ailleurs souvent représenté un frein), une redéfinition du paysage militaire et stratégique s’impose plus que jamais aux acteurs de l’Europe unie. Il va nous falloir faire face à des mouvements de personnel et de matériel au sein des 22 pays qui sont aujourd’hui à la fois membres de l’OTAN et de l’UE. Sans doute y a-t-il ici une chance à saisir pour remettre à flot la Défense de l’Europe : la rendre plus efficace, plus cohérente, et surtout plus lisible. L’enjeu s’avère d’importance à l’heure du Brexit et de Trump. Le partenariat « de gouvernement à gouvernement » proposé par la France constitue, à cet égard, un jalon notable et une occasion à saisir.

Au moment où la France et l’Allemagne cherchent, semble-t-il, à relancer la coopération européenne en matière de Défense en l’élargissant à d’autres États – l’Italie et l’Espagne, notamment –, l’offre française, qui pourrait également concerner le Luxembourg, représente une opportunité unique de participer à un tel processus de relance. Ceci étant, l’Europe de la Défense que j’appelle de mes vœux doit être pensée comme complémentaire à l’OTAN, et non dans une optique de concurrence. Il en va de notre sécurité commune. C’est dans ce sens qu’il faut œuvrer ensemble.

Comprenons bien : le fait de partager les coûts, de mettre en commun les formations, de faire jouer les synergies dans un maximum de domaines représente, en matière de Défense, une voie privilégiée vers l’efficacité. En l’occurrence, le but est de dépenser mieux (non pas de dépenser plus), tout en s’attachant à rencontrer des priorités sociales, concrètes et en prise avec les exigences du temps. Il s’agit aussi d’être capable de répondre avec originalité et audace aux défis du futur – la lutte contre la pauvreté, par exemple. Une pauvreté qui, dans bien des cas, est source d’insécurité et d’instabilité à l’échelle internationale.

Cette façon d’opérer permettrait, à l’évidence, de questionner le besoin (ou peut-être l’absence de besoin) qu’a notre pays de se doter d’une flotte aussi importante d’avions de chasse. La sagesse n’est-elle pas, en effet, de s’inscrire dans une démarche fermement européenne où l’intégration et la coopération doivent primer ? C’est ce que nous avions fait au sein du gouvernement Verhofstadt lorsqu’il s’était agi de remplacer les avions-transporteurs C-130 Hercules et d’acquérir – via un projet européen – des Airbus A400M Atlas.

Cet aspect du problème est d’autant plus pertinent que les conflits classiques cèdent aujourd’hui du terrain face aux guerres asymétriques ou hybrides, et à la lutte contre le terrorisme. Dès lors, ne conviendrait-il pas de privilégier la prévention, le renseignement et la lutte contre tous les trafics (êtres humains, armes et drogue) qui, le plus souvent, transitent par des voies maritimes ? L’avenir est peut-être là. Enfin, les équipements électroniques dans le renseignement et les drones armés sont amenés à se développer, ce qui pourrait reléguer la chasse classique à l’arrière-plan.

Il n’en reste pas moins que le partenariat ambitieux et constructif proposé par la France constitue, à plus d’un titre, une exceptionnelle opportunité pour nos entreprises. Elle ne manquera pas d’offrir de nouvelles perspectives d’emploi dans nos Régions. Mieux, si l’accord devait se concrétiser, il viendrait renforcer l’autonomie stratégique de l’Europe en diminuant, au sein de l’OTAN, notre dépendance à l’égard des États-Unis. Lesquels souhaitent, de très longue date, un meilleur partage des charges financières et des risques opérationnels de part et d’autre de l’Atlantique.

Le gouvernement fédéral doit viser l’intérêt général de la Belgique et de toutes ses Régions. II est par ailleurs indispensable qu’il travaille à consolider l’Europe dans toutes ses dimensions par des actes concrets et pas uniquement par des discours.

[1] Dans un précédent texte intitulé « Triste 21 juillet pour la Défense belge », je pointais justement les limites de l’appel d’offres belge lancé en mars 2017 – lequel tendait à privilégier les F-35 américains de Lockheed Martin : http://www.lecho.be/opinions/carte-blanche/Triste-21-juillet-pour-la-defense-belge/9914740.

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