Massacre des Rohingyas : en finir avec l’indifférence complice

© Soe Zeya Tun/Reuters - Paris Match Écœurement, colère, révolte : voici ce que m’inspire l’indifférence de la communauté internationale face aux terribles persécutions subies par les Rohingyas et à l’épuration ethnique dont ils font l’objet.

Par centaine de milliers – on avance le chiffre de 500 000, peut-être est-ce beaucoup plus –, ces derniers tentent d’échapper à ceux qui, depuis des années, les oppriment. Trente ans de violences. Trente ans de discriminations. Trente ans d’exactions. Trente ans que nous fermons les yeux devant les humiliations, les expropriations, les privations vécues par cette minorité musulmane.

Le problème est ancien… Et alors ? Est-ce une raison pour négliger le drame qui, aujourd’hui, se joue en Birmanie ? Est-ce une raison pour ignorer la détresse des Rohingyas et hausser les épaules face à leur nouvel exode ? Est-ce une raison pour ne pas tenter d’y mettre un terme à tout prix ? Détourner le regard, c’est contribuer à renforcer un peu plus les souffrances qu’ils endurent. Sommes-nous encore dignes de notre humanité ? Sommes-nous dignes de la paix et de la quiétude des démocraties que nous habitons ?

Les images et les récits qui nous parviennent sont révoltants, insoutenables. Impossible de ne pas compatir à la détresse de ce peuple… à moins d’être insensible et incapable de partager la peine de ceux qui souffrent. Dans un texte récent, j’évoquais la thématique de la solidarité[1] : cette démarche qui consiste à regarder l’étranger comme un ami, un compagnon, un frère, et à agir en conséquence sans tenir compte de nos différences.

Qu’importe la distance, ce n’est jamais qu’un prétexte à l’inaction et à l’indifférence ! Que l’on soit musulman ou non, peu importe, ce qui se passe en Birmanie est un appel à la solidarité concrète et à l’engagement. Un appel auquel notre humanité nous oblige à répondre ! Chacun de nous a le devoir de faire entendre sa voix pour que cesse le massacre.

Il appartient surtout aux mandataires et aux dirigeants politiques de défendre cette voix solidaire partout où ils le peuvent ; partout où ils se trouvent : gouvernements, assemblées, tribunes diverses. L’Assemblée générale de l’ONU qui se tient ces jours-ci à New York constitue justement l’occasion de faire changer les choses en interpellant la communauté internationale – toujours lente à décider – et en l’obligeant à intervenir d’une façon ou d’une autre. Nous savons que le temps joue contre nous, c’est-à-dire contre eux : les Rohingyas.

Le temps presse. Les tergiversations ne sont plus de mise. Le désastre humanitaire, chaque jour, se fait plus grand. Peut-être sera-t-il bientôt trop tard pour intervenir. Et comme pour les génocides d’hier, nous n’aurons plus que les regrets éternels de ceux qui ont manqué à leurs devoirs autant qu’à leur Humanité. Sommes-nous sans émotions, sans mémoire, sans Histoire ? Les Droits humains nous sont-ils réservés en propre ? Ne sont-ils plus un combat à mener par-delà les frontières ? Ne méritent-ils pas qu’on engage sa parole pour porter secours aux sans-voix ?

Quelles que soient leurs croyances, convictions, origines, les femmes et les hommes de ce monde, ont droit au respect – celui de leur vie, en premier lieu. Les minorités religieuses, raciales, sexuelles… sont, à cet égard, extrêmement vulnérables.

En Birmanie, comme ailleurs, il importe de suivre la voie ouverte par Nelson Mandela – prix Nobel de la Paix – et de se mobiliser pour faire respecter les droits de tous, spécialement ceux des minorités. Aung San Suu Kyi, qui elle aussi fut persécutée, devrait comprendre les menaces qui pèsent sur les faibles, les moins nombreux, et s’appuyer sur son prix Nobel pour mettre fin aux atrocités.

Sortons, dès à présent, du silence et de l’indifférence complice. Retrouvons le chemin de la vigilance démocratique et de la lutte pour les Droits humains. Il en va de la survie des Rohingyas comme de toutes les minorités opprimées.

[1] Voir « Asile, accueil et migrations. L’illusion populiste ou la voix du ressentiment », Le Vif, 31 août 2017 : http://www.levif.be/actualite/belgique/asile-accueil-et-migrations-l-illusion-populiste-ou-la-voix-du-ressentiment/article-opinion-714997.html.

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