Réinventer l’Europe et bâtir l’avenir de l’Union (Le Vif, 14 octobre 2017)

Macron2L’Europe avait, depuis longtemps, besoin d’un nouveau souffle. La récente initiative du président français s’inscrit dans une dynamique opportune de refondation du projet européen. La Belgique doit saisir la chance qui est ici donnée de lutter contre la désunion, mais aussi contre le repli sur soi et la montée des populismes.

Audacieux et engageant, le discours donné par Emmanuel Macron ce 26 septembre est à la mesure d’une Europe consciente de sa grandeur et de son Histoire ; consciente, également, des problèmes qui l’habitent. Immigration, Brexit, Défense, vivre-ensemble, emploi, réchauffement climatique, transition numérique, justice sociale, monnaie unique, etc. : les défis qui se présentent à nous sont majeurs et nombreux. Il convient de les assumer avec responsabilité, sans se laisser dominer par nos vieilles routines ni par les « passions tristes » qui ne cessent de nous aveugler.

Questionner l’Europe pour lui donner du sens

L’appel lancé par Emmanuel Macron représente, pour l’Europe, une occasion de se régénérer en prenant acte de ses doutes et des impasses que nous lui connaissons. Pour que l’esprit des débuts – celui des pères fondateurs – puisse continuer à vivre et à faire rêver, il importe de le réinventer. Il importe, surtout, de retisser des liens authentiques entre les gouvernants et les citoyens. En effet, les premiers ne sauraient continuer à construire l’Europe sans se préoccuper de l’avis des seconds ni des aspirations, parfois contradictoires, qu’ils portent. Ainsi en va-t-il de l’indispensable confiance des peuples européens sans laquelle rien n’est aujourd’hui possible.

N’hésitons pas à questionner l’Europe qu’on veut bâtir. Osons y voir, plus que jamais peut-être, un projet d’avenir. Tâchons d’affronter les critiques sans faux-semblants et sans tabous. La peur, la fuite en avant et l’inflation bureaucratique ne sont pas des réponses. En tout état de cause, l’enjeu est moins d’expliquer la « machinerie » européenne ou d’éduquer à ses institutions, que de lui donner texture, saveur et sens – un sens capable de soulever l’enthousiasme de ceux qui peuplent l’Europe dans leur diversité.

Sans doute le projet européen a-t-il perdu – de nos jours – l’immédiate évidence que les ruines de l’après-guerre lui conféraient aux yeux de tous, ou presque. La paix et la prospérité dans lesquelles nous vivons – et dont nous croyons, à tort, qu’elles sont acquises – travaillent à estomper les efforts à fournir pour préserver les liens qui nous unissent. Il nous appartient alors de tirer les conséquences de cette situation pour bâtir, tous ensemble et de façon ouverte, l’Europe de demain et la réconcilier avec elle-même.

Sens des valeurs et construction d’un avenir commun

Ceci dit, les propositions du président français ne sont, pour la plupart, pas réellement nouvelles. De longue date, nous, Socialistes belges, essayons de les promouvoir et de montrer l’immense potentiel qu’elles ont. Reconnaissons, toutefois, au locataire de l’Élysée un courage et une lucidité qui souvent font défaut aux décideurs européens. Reconnaissons-lui le désir de faire changer les choses et de tirer l’Europe de son mauvais pas. Partant, dans une série de domaines, il pointe les épreuves qui sont là et celles qui nous attendent. Il invite à leur opposer une réponse bien moins technique que politique. Il sait, en effet, que le jargon européen demeure largement impuissant à persuader les consciences et à toucher les coeurs.

En somme, le discours présidentiel est original, car il ne parle pas d’outils ni d’instruments, mais de culture et de valeurs communes. Lesquelles – malgré les coups portés, par certains, en Pologne, en Hongrie et ailleurs – sont au coeur de ce qui nous rassemble ; au coeur de notre Union ; au coeur de notre avenir. Ces valeurs constituent l’unique moyen d’approfondir nos divergences de vues – bref, de les comprendre pour mieux les dépasser. Elles seules peuvent nous aider à fonder une Europe confiante, souveraine et durable ; une Europe qui soit en mesure de prendre des risques. Par suite, négliger nos valeurs, c’est se condamner au « naufrage collectif » et à l’insignifiance.

Concrètement, qu’il s’agisse de favoriser les échanges linguistiques et culturels entre les jeunes, de mettre en oeuvre, comme je le souhaite, un nouveau partenariat avec l’Afrique, d’harmoniser nos politiques fiscales et de créer un budget commun, la voie ouverte par Macron s’avère extrêmement pertinente. La Belgique doit y voir une opportunité de réveiller l’Europe unie – dont elle fut, jadis, membre fondateur – et de rapprocher les citoyens européens d’un combat toujours digne d’être mené.

Remplacement des F-16 belges : un test d’engagement pro-européen

En particulier, il est essentiel – dans un monde de plus en plus instable – de développer une véritable Europe de la Défense et du Renseignement. À cet égard, le remplacement de nos F-16 a valeur d’épreuve test. L’offre de partenariat élargi formulée par la France au début du mois de septembre s’engageait dans la bonne direction[1]. La réponse, suffisante et irritée, adressée ce jeudi 5 octobre par Steven Vandeput (N-VA), ministre « belge » de la Défense, semble, au contraire, vouloir faire primer des intérêts directement communautaires sur le devenir de l’Europe unie. Espérons, cependant, que les jeux ne soient pas déjà faits, et que le gouvernement Michel puisse, le moment venu, faire preuve de clairvoyance, de vision à long terme et d’impartialité.

Alors oui, répondons dès maintenant à l’appel du président français et participons, avec les acteurs de la société civile, à un grand débat pour nourrir et refonder l’Europe. Ne manquons pas la chance exceptionnelle qui nous est donnée de contribuer à forger notre avenir commun et de lutter contre tous les extrêmes.

Une autre Europe est possible. Inventons-là !

[1] À ce sujet, voir mon texte : http://www.levif.be/actualite/belgique/remplacement-des-f-16-une-opportunite-europeenne-a-saisir/article-opinion-720053.html.

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