Paul Baeten (1926-2017) : La résistance chevillée au corps

C’est peut-être ainsi qu’on pourra définir Paul Baeten qui nous a quittés ce 21 novembre, laissant derrière lui un combat qui, sans doute, n’aura pas de fin. Mais peut-on définir une si grande personnalité ?

La presse a, heureusement, relaté son admirable et courageux parcours de résistant.

Dès l’âge de 16 ans, avec une quinzaine de copains de classe, il entre en résistance, imprime et distribue des tracts clandestins. Plus tard, il aidera des résistants, des aviateurs alliés à prendre le maquis. En 1943, c’est l’arrestation par la Feldgendarmerie, l’emprisonnement, la torture, la déportation à travers l’Allemagne nazie.

Et puis…

Un livre paraîtra bientôt, retraçant par sa plume, le récit de son incroyable engagement au service de la mémoire. Et ce sera une indispensable lecture.

Pour ma part, en tant que ministre des Anciens combattants, ministre de la Défense et convaincu de la nécessité de l’exercice de mémoire, j’ai eu de très nombreux contacts avec Paul Baeten. À chaque fois, j’ai été impressionné par la vigueur et la qualité de ses combats.

S’il n’a eu de cesse de s’adresser aux jeunes générations, il n’a pas souhaité être un « simple » témoin, il a voulu être celui qui tire la sonnette d’alarme, celui qui éveille la vigilance de tous quand les sirènes extrémistes s’échinent à mettre à mal les fondements de la démocratie, fragilisent nos libertés, refusent la tolérance, renient la solidarité.

Il a résisté au nazisme. Il résistera et soutiendra tous ceux qui, comme lui, prendront les chemins opposés.

Il a résisté et nous l’avons fait avec lui, comme lors de l’affaire du « Décret Suykerbuyk » qui proposait, sous couvert de réparation sociale, d’accorder des indemnités aux collaborateurs et autres traîtres de la guerre 1940-1945.

J’avais déposé un recours en annulation auprès de la Cour d’arbitrage, suivi par nombre de personnes, soutenu, notamment par Paul Baeten et son incroyable énergie.

Le décret a été annulé. La bataille ne fut pas que communautaire : la victoire fut morale.

Paul Baeten a résisté à ceux qui prônent l’oubli, à ceux qui souhaitent anéantir toute velléité dédiée au travail de mémoire.

Il a dénoncé le versement, toujours actuel, de pensions aux anciens SS belges.

Il a rassemblé au sein du Groupe Mémoire, un aréopage de personnalités aussi décidées qu’il ne l’était, à témoigner de la barbarie et à s’investir, sans compter, pour que l’affirmation « Plus jamais cela » ne soit ni un espoir, ni une prière, mais une réalité.

Paul Baeten, c’était la grandeur et la générosité, une intelligence rare et une volonté impressionnante. C’était un homme qui ne put jamais être ordinaire, parce qu’il résista – oserais-je dire « naturellement » – au pire, comme à ceux qui le génèrent ou l’entretiennent.

Paul Baeten, c’est un exemple, trop grand pour être égalé, mais assez grand pour que nous puissions, longtemps encore, nous en inspirer.

C’est le souhait que je forme en saluant ici sa mémoire.

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