Rappel de l’ambassadeur belge: évitons de mettre de l’huile sur le feu (Interview donnée à ACTUALITE.CD, 31 janvier 2018)

Dans une interview accordée à ACTUALITE.CD ce mercredi 31 janvier à la suite du rappel pour consultation de l’ambassadeur de la Belgique en poste à Kinshasa, André Flahaut, ministre francophone du Budget, à la Fonction publique et à la Simplification administrative en FW-B, dit ne pas comprendre la décision de fermeture de la Maison Schengen qui du reste va préjudicier les Congolais. Cependant, l’ancien président de l’Assemblée nationale belge ajoute que la Maison Schengen excelle plus dans les refus de visas que dans leur octroie effectif. André Flahaut évoque également la question de l’impact des sanctions de l’UE sur la RDC et la nécessité de maintenir le pont du dialogue.

La Belgique a rappelé son ambassadeur en poste à Kinshasa. Quelle est votre lecture de la situation?

Le rappel d’un ambassadeur pour consultation est un élément normal dans la gestion des départements ministériels, en l’occurrence les affaires étrangères, mais aussi dans le cadre des relations entre deux pays. Donc, il y a deux choses : le ministre souhaite se forger une opinion en ayant un contact en Belgique avec son représentant, le représentant de la Belgique. C’est la première chose. Deuxièmement, c’est un signal pour montrer une forme de mécontentement, mais sans vouloir attiser le feu. Je crois que c’est comme ça qu’il faut le prendre et de façon tout à fait générale. Moi, je pense que nous avons intérêt à tenter, comme le fait la France, à ne pas mettre de l’huile sur le feu dans la coopération entre la Belgique et le Congo aussi longtemps qu’il y a les passerelles, des passages de dialogue. Il faut veiller à ce que ces passages existent. À cet effet d’ailleurs, on peut s’interroger et peut-être regretter que la République Démocratique du Congo n’ait toujours pas désigné un ambassadeur comme tel en Belgique.

La Belgique a condamné les répressions des manifestations, a réorienté son aide vers les ONG. En réponse, la RDC décide de fermer la Maison Schengen. À votre avis, que devrait faire la Belgique si pas rappeler son ambassadeur?

Il faut être précis! C’est un rappel d’ambassadeur pour consultation. Il n’est pas dit qu’on rappelle l’ambassadeur pour qu’il reste en Belgique et pour fermer notre ambassade. Je crois qu’il ne faut pas confondre les éléments de procédure. Je crois effectivement que le rappel de l’ambassadeur pour consultation dans le but d’avoir sa vision des choses et faire le point avec lui, ainsi qu’avec d’autres acteurs belges et aussi européens, ça peut être utile dans le cadre d’une prise des décisions qui ne peut pas s’improviser. L’autre élément est qu’il faut toujours condamner les actes de violence qui sont commis et là, je crois que sa position est claire. Maintenant, il y a aussi la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne pour préciser de la position de l’Europe. Je crois qu’effectivement, c’est une décision qui a été fortement influencée par la France et à laquelle on s’est rallié dans le sens de plaider l’apaisement.

La fermeture de la maison Schengen et de l’Agence belge de développement, un affront de nature à briser les relations entre les deux pays?

Je dois avouer que je ne comprends pas très bien pourquoi on veut fermer notre agence de coopération à Kinshasa. C’est une décision qui risque de pénaliser la population et il est clair que le bureau Schengen, ce n’est pas non plus indiqué parce que ça pénalise aussi celles et ceux qui veulent voyager. Mais là, on se heurte à un autre problème : Vous savez comme moi que la Belgique est très encline à fermer ses frontières à tous les ressortissants qui viennent de l’étranger. Et donc, en mon sens, la maison Schengen délivre plutôt des refus de visa pour l’instant plutôt que d’octroyer des visas. Et donc ça, c’est une considération par rapport à la politique belge que nous menons. On ne peut pas à la fois dire qu’on ouvre et de l’autre côté fermer.

La Belgique est montée au créneau quant au dossier des sanctions au sein de l’Union Européenne contre des responsables congolais. Pensez-vous que ces sanctions ont un impact réel?

Les sanctions n’ont de sens que si elles ont un impact. Ici, je constate qu’elles ont surtout pour effet d’énerver les parties et elles n’ont pas nécessairement beaucoup d’impacts. Dès lors, il faut toujours être prudent quand on recourt à la politique des sanctions et aussi l’aggravation des sanctions. Mais, je crois qu’il faut avant tout rechercher le dialogue pour faire avancer les choses. Tant qu’il y a des discussions, il est possible de faire avancer positivement les choses. A partir du moment où il n’y a plus de dialogue et que les portes se ferment par exemple à cause des sanctions, en ce moment là, la situation devient très grave. Il ne faudrait pas qu’en suivant cette logique-là, le Congo devienne le Burundi.

Interview réalisée par Jacques Kini à Bruxelles

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