F-35 : et si les dés étaient pipés d’avance ? (Le Vif, 4 février 2018)

« Les Américains sonnent la charge », titrait La Libre ce 1er février. Force est de reconnaître que le remplacement de nos F-16 suscite convoitises et agitation de part et d’autre de l’Atlantique.

On apprend notamment que le Général James Mattis, Secrétaire d’État américain à la Défense, a envoyé en janvier dernier un courrier recommandant à son homologue belge, Steven Vandeput (N-VA), l’achat du F-35 de Lockheed Martin. Étrange façon de procéder ! Inquiétante ingérence dans une procédure de marché public !

Dans son courrier, le Général Mattis n’hésite pas à sortir l’artillerie lourde et à jouer de la corde sensible auprès du ministre Vandeput qui, du reste, n’a jamais caché ses préférences en la matière ni son communautarisme. L’objectif américain est annoncé sans détour : l’achat du F-35 aiderait notre pays à atteindre les 2 % du PIB exigés par l’OTAN en matière de dépenses militaires – alors que nous sommes aujourd’hui à 0,9 % ! Pour le contribuable belge, cela veut surtout dire un dépassement démesuré, irréaliste, voire irrationnel, des 3,5 milliards d’euros initialement budgétés.

Ceci étant, le courrier du Général Mattis n’apporte aucune réponse aux problèmes techniques bien connus du F-35. Un des services du Pentagone, le DOT&E, en a récemment communiqué la liste interminable au Congrès. De plus, la Cour des comptes américaine a mis en avant l’écart entre le coût de l’avion annoncé en 2013, celui affiché aujourd’hui par le Département d’État, et celui à payer dans un futur proche. Le prix de revient total du F-35, sur toute la durée de vie du système d’armes, reste plus que jamais incertain.

Voici pourquoi, passer aujourd’hui un tel marché pour remplacer notre flotte de F-16 ne serait ni raisonnable ni surtout responsable. Les derniers ne seront retirés d’emploi qu’en 2030. Il appartient à la majorité fédérale d’en tirer toutes les conséquences qui s’imposent… à moins, bien sûr, que les dés ne soient pipés d’avance ?

Enfin, il est utile de souligner que la transaction commerciale – teintée de chantage aux 2 % – offerte par le gouvernement américain n’a rien à voir avec le partenariat stratégique global proposé par la France. Lequel intègre des aspects opérationnels, de formation et de soutien dans un contexte de coopération industrielle et technique.

Ce partenariat, au contraire de la première option, nous conduit sur la voie d’une véritable Europe de la Défense, seule capable de renforcer notre autonomie stratégique et de limiter notre dépendance face aux États-Unis, dont les choix politiques de ces derniers mois nourrissent plus que jamais nos préoccupations.

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