Remplacement des F-16: le problème de trop (Le Vif, 21 mars 2018)

Depuis juillet dernier[1], je ne cesse de m’interroger sur la réelle opportunité pour notre pays de remplacer, en totalité ou en partie, sa flotte d’avions de chasse. Outre le coût financier et le risque majeur d’hypothéquer durablement le financement de la Défense, ce remplacement pose question : en a-t-on vraiment besoin ?

Pour le ministre Steven Vandeput (N-VA), la réponse ne fait aucun doute : oui et vite ! C’est dans un tel contexte d’urgence – sachant que nos F-16 doivent, nous dit-on depuis le début, être retirés de la circulation à partir de 2023 – qu’un appel d’offres a été lancé voici un an. Appel d’offres qui, je l’ai dit maintes fois, s’avère de plus en plus orienté, partial et quelque peu improvisé.

Il a récemment été évoqué la possibilité d’acheter à la Grèce des F-16 d’occasion. Pourquoi pas ? La piste est intéressante et mérite d’être explorée. On apprend maintenant que la durée de vie de nos appareils pourrait être sensiblement plus longue que celle avancée jusqu’ici pour justifier l’urgence de leur remplacement. C’est du moins ce qu’affirme le constructeur Lockheed Martin lui-même dans un rapport remis à la Défense belge en avril 2017. L’information n’est pas tout à fait neuve, mais elle est désormais confirmée.

Le ministre de la Défense se défend d’avoir eu connaissance d’un tel document et dénonce une « erreur majeure d’appréciation » de la part des gestionnaires de la flotte. Une enquête interne et externe est en cours afin de déterminer les responsabilités autant que les causes de ce manquement. Pour l’heure, il est évident que cela porte un coup sérieux aux termes de l’appel d’offres ainsi qu’à sa poursuite.

Il ne s’agit nullement de remettre en cause l’honnêteté du ministre N-VA. Peut-être n’y a-t-il, sur ce point, aucune dissimulation de sa part. N’en doutons pas ! Il n’en reste pas moins que la pénible situation actuelle est aussi, et peut-être surtout, le résultat d’un aveuglement nourri par un évident manque de transparence ; par une précipitation indue ; par une préférence décomplexée pour le F-35 américain ; par un mépris affiché pour l’offre française de partenariat stratégique global… En tout état de cause, il importe de faire toute la lumière sur la circulation des informations au sein de la Défense et de comprendre ce qui, en l’espèce, s’est passé.

Plus encore, nous devons, dès à présent, prendre du recul pour affronter le problème des F-16 de façon responsable et sans faux-semblants : est-il opportun et pertinent, eu égard aux enjeux actuels, de vouloir nous doter en propre d’une flotte aussi importante et aussi onéreuse à court comme à long terme ? Ne vaudrait-il pas mieux songer à une option plus réaliste en posant, avec la France et d’autres, les bases d’une Europe de la Défense complémentaire à l’OTAN, capable d’ouvrir une voie plus efficace et moins dépensière qu’aujourd’hui ? Il en va de l’intérêt général de la Belgique. Il en va de la construction européenne et de son avenir. Il en va de notre sécurité à tous !

[1] Voir : « Triste 21 juillet pour la Défense belge », L’Écho, 21 juillet 2017 : https://www.lecho.be/opinions/carte-blanche/Triste-21-juillet-pour-la-defense-belge/9914740 et « Remplacement des F-16 : une opportunité européenne à saisir », Le Soir, 10 septembre 2017 : http://plus.lesoir.be/113338/article/2017-09-10/andre-flahaut-remplacement-des-f-16-une-opportunite-europeenne-saisir.

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