Hommage au Baron Paul Halter. 5 ans déjà

Bien sûr, je me souviens de Paul Halter, je me souviens d’une autre cérémonie d’hommage à l’Hôtel de Ville de Bruxelles en avril 2013. Je me souviens de mon discours où j’avais conclu que Paul Halter avait, aussi, été heureux, et que cela n’avait été ni sa revanche, ni sa victoire mais peut-être simplement son immense capacité d’humanité.

Et je crois qu’en ce jour anniversaire de son départ, c’est de cela que nous devons nous souvenir. C’est surtout cela que devons apprendre.

Car enfin, même si l’on ne dira jamais assez Auschwitz, Bergen Belsen, Buchenwald, Riga, Ravensbruck, Dora, Dachau, Mauthausen, Treblinka, Sobibor et tant d’autres, nous savons, mais qu’avons-nous appris ?

Nous connaissons les histoires, les anecdotes, nous avons lu et entendu les douloureuses expériences personnelles, nous avons vu des films, nous nous sommes rendus sur place. Nous en retiendrons une émotion, peut-être une conscience.

Certes, nous cédons aisément à l’ingérence dans la pensée des défunts, mais j’ose croire que c’est ce qu’a espéré Paul Halter : que son expérience personnelle mais plus encore son action et son investissement citoyen envers le travail de mémoire servent à éveiller nos consciences et nous incite à l’action.

Aujourd’hui encore, Paul Halter nous dit que se dérober à ses devoirs citoyens, accélère le déclin de la démocratie.

Il nous dit que la mémoire ne doit pas être narcissique mais qu’elle doit nous aider à maintenir notre indignation face aux infamies d’hier comme à celles d’aujourd’hui.

Il nous dit que le respect des morts dans la cérémonie est de bien faible utilité s’il ne se transforme pas en morale de la vigilance, s’il ne nous rend pas plus lucide, s’il ne nous incite pas à la résistance et à l’action.

Il nous dit que par-delà le souvenir, il nous faut favoriser quelque chose comme un engagement solennel et partagé car une commémoration qui ne fait pas discuter, qui ne recèle plus aucune interrogation est, hélas, une commémoration stérile puisqu’elle souligne notre impuissance à agir sur le présent.

Ce disant, je ne m’adresse pas aux contemporains de Paul Halter, de Paul Brusson, ni à Henri Goldberg, ni à vous tous ici présents mais à ma génération et aux nouvelles générations qui ont déjà perdu la guerre de la tolérance, la guerre de la pédagogie or, si nous nous sentons encore obligés « de conscientiser les jeunes », c’est que nous ne sommes pas arrivés à changer les mentalités. C’est que nous avons été impuissants, notamment à contrer les partis d’extrême droite qui déferlent et s’enkystent aujourd’hui en Europe.

Bien sûr, nous avons dit « plus jamais cela ». Mais il semble que cela ait manqué de force et de conviction, à tout le moins d’efficacité. Et nous avons à nous interroger sérieusement à cet égard !

Et je pense aux crânes tutsis de l’église de Ntarama au Rwanda, aux corps des Kosovars albanais, achevés en rang, enterrés près de Pristina, je pense aux conflits israélo-palestiniens, à l’Irak, à la Syrie, aux Rohingyas, au SDF, à l’immigré,  à un voisin à qui « cela » est arrivé.

Paul Halter aurait eu cette générosité, ce sens de l’universalité, il aurait fait le choix de la raison et de la solidarité. Il aurait oublié les rancœurs et la surenchère. Il aurait écouté ce qui nous semble suffisant d’entendre, voire préférable d’ignorer.

De son engagement de « Faucon rouge » à la résistance au sein de l’ULB, à l’armée, à Auschwitz ou présidant la Fondation, il a été un militant,  un homme d’honneur, un homme de devoirs, ceux qui relèvent de l’évidence d’une véritable humanité et ceux qu »il s’était imposé par éthique personnelle.

Puisse la mémoire du Baron Paul Halter rester utile à notre dignité et à notre avenir.

Un homme ce matin du 23 mars a rejoint le panthéon des héros : le Lieutenant-Colonel Arnaud Beltrame.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *