La santé des Belges n’est pas à vendre ! (L’Echo, 20 avril 2018)

Depuis son arrivée au Gouvernement fédéral, Maggie De Block, au prétexte d’économies, d’efficacité et de rationalisation, ne cesse de s’attaquer aux fondements de notre sécurité sociale et à notre modèle de santé publique. Elle ne fait que promouvoir une santé à deux vitesses : l’une pour les riches, l’autre pour les pauvres. C’est précisément ce que je dénonce avec force !

Vers une santé à deux vitesses

Chaque réforme vient affaiblir un peu plus la cohésion et la solidarité dans notre pays en stigmatisant les populations précaires et fragilisées. D’aucuns appellent cela « bonne gouvernance », j’y vois, pour ma part, la volonté de privatiser à tout prix les services dus à nos citoyens. Cette privatisation est aveugle et injuste : elle alourdit la détresse des plus pauvres. En effet, le délitement des services publics (porteurs de liens, de dignité, de respect, d’humanité) affecte en premier lieu ceux qui n’ont pas les moyens de se tourner vers des organismes privés.

En termes de démantèlement, qu’on pense d’abord à la diminution des remboursements d’une série de médicaments, mais aussi de certains actes médicaux ou paramédicaux – notamment en kinésithérapie et en prévention du cancer, même si l’arrêté visant les mammographies a été suspendu. Qu’on pense encore aux mesures prises pour limiter de façon drastique les congés de maternité ainsi que les séjours hospitaliers après accouchement.

Une approche individualiste et ultralibérale

Rallongeant la liste déjà longue de ses réformes antisociales, Maggie De Block a récemment choisi de s’en prendre au financement des mutuelles, donc à leur œuvre solidaire auprès des moins favorisés. Obligation est désormais faite aux établissements mutualistes de remettre au travail dans les meilleurs délais les malades de longue durée ; de les sanctionner. Cette réforme est d’ailleurs assortie de menaces financières contre les établissements qui ne s’y plieraient pas.

Une nouvelle fois, la ministre agit dans un esprit malsain de stigmatisation. Elle met au banc des accusés les femmes et les hommes qui, à ses yeux, coûtent trop cher ; ceux qu’elle voit comme des fainéants et des profiteurs. Elle jette, du même coup, le discrédit sur tout le secteur des mutuelles qu’elle accuse de mauvaise gestion et de complaisance à l’égard des fraudeurs. Le travail de sape idéologique mené par Maggie De Block n’en finit pas d’affaiblir l’image des organismes de Sécurité sociale, celle des malades également, tout en valorisant une approche individualiste et ultralibérale des soins de santé.

La casse du dialogue social

Qu’il s’agisse des syndicats, des organisations non gouvernementales ou des mutuelles, comme c’est le cas ici, les corps intermédiaires constituent des acteurs essentiels de la mobilisation collective et du dialogue social. Ils assurent la défense des droits de tous les citoyens dans un esprit d’indépendance et de solidarité.

Ces corps intermédiaires font entendre la voix de la critique et de la contestation. Cette voix dérange les partisans d’une « droite dure » qui voudraient pouvoir privatiser sans limites et casser nos droits. Dans cette dynamique, les mutuelles constituent des fauteurs de trouble. En s’attaquant à elles, la ministre et le Gouvernement fédéral mettent à mal le modèle belge de concertation sociale. Lequel, garant de paix et de démocratie, est pourtant reconnu comme une référence mondiale.

Une vision étroite des problèmes sociaux

Ceci dit, force est de constater que la mise en procès des mutuelles témoigne d’une vision étroite et superficielle des défis sociaux. Ici comme ailleurs, le Gouvernement mène une politique qui ne s’attaque jamais au fond des problèmes, mais uniquement aux symptômes visibles de ceux-ci. À cet égard, plutôt que de criminaliser les malades, il conviendrait au contraire de prendre en charge les causes réelles de leurs maux : pénibilité du travail, exposition aux facteurs de risques, précarisation accrue des conditions d’emploi, allongement des carrières, etc.

Au reste, nous ne pouvons laisser certains mettre en pièces, sans réagir, les aides familiales et les soins à domicile. Il est indispensable de mener la lutte contre toutes les politiques destructrices de liens, d’où que vienne la menace !

Faire entendre la voix des progressistes

N’ayons pas peur de le réaffirmer : la privatisation générale des services publics est inacceptable autant qu’elle est dangereuse. Elle détruit la cohésion sociale et le vivre ensemble. Elle mine notre démocratie. Partant, les progressistes de gauche comme de droite doivent se mobiliser pour éviter que le sillon des inégalités ne se creuse encore un peu plus.

Non ! La santé des Belges n’est pas à vendre. Il ne saurait être question de livrer celle-ci à la rapacité d’entreprises privées motivées par la seule recherche du profit et nourries de méthodes managériales déshumanisantes. Défendre le secteur des mutuelles, défendre les liens de solidarité, défendre l’égalité de tous les citoyens quelle que soit leur fortune, c’est aussi défendre un modèle social pour qui l’intérêt collectif est une priorité !

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