ARRÊTONS D’ÉTRANGLER LES AGRICULTEURS : LA N25 OU LE CHOIX DU MÉPRIS (Plein Champ, 10 mai 2018)

Aujourd’hui, tout le monde veut manger local, bio et responsable. Les « petits marchés » ont le vent en poupe. Les circuits courts sont plébiscités par les consommateurs. L’exigence de traçabilité n’a jamais été aussi forte. L’authenticité et le « côté terroir » ne cessent d’être mis en avant et utilisés comme des arguments de vente.

L’indifférence face à la détresse

Pourtant, la détresse est grande dans le monde agricole : concurrence effrénée, conditions de travail pénibles, faible reconnaissance sociale. Les agriculteurs n’en peuvent plus. Et je comprends ceux qui baissent les bras faute de savoir joindre les deux bouts ; faute d’être écoutés et respectés ; faute de pouvoir transmettre leur amour de la terre. Et tandis que le surendettement fait des ravages, les vocations peu à peu disparaissent – ceci dans une indifférence à peu près générale.

Les chiffres sont éloquents. En une trentaine d’années, notre pays a perdu 65 % de ses exploitations agricoles. C’est considérable et la baisse, chaque jour, continue. L’hyperspécialisation, quant à elle, est désormais la règle. Et les exigences de rendement ne font qu’augmenter. Malgré leur inventivité, leur courage et leur détermination, nos exploitants ont du mal à rivaliser avec des structures intensives toujours plus grandes et plus productives.

Les agriculteurs que je rencontre en Brabant wallon et ailleurs en Belgique, au détour d’un chemin, sur un marché ou dans leur exploitation, me font part de leur désarroi, de leur épuisement. Leur métier est incontestablement difficile, peut-être plus encore qu’hier. Je le sais. Je mesure aussi le poids des sacrifices consentis par celles et ceux qui continuent de travailler la terre.

Un avenir plus que jamais menacé

La passion qui habite les acteurs du monde agricole est plus que jamais menacée. Menacée par les préjugés. Menacée par l’ignorance et l’incompréhension. Menacée par le manque de dialogue et de soutien.

J’entends trop souvent qu’on se plaint du bruit et des odeurs ; du va-et-vient des machines ; d’une prétendue gêne visuelle… L’hypocrisie est là, le paradoxe aussi. C’est eux que j’entends dénoncer avec force. Car, comment peut-on, d’un côté, valoriser le retour à la terre, et, d’un autre côté, pointer du doigt les activités des femmes et des hommes qui la font vivre ? Comment peut-on plaider pour des circuits courts et, sans arrêt, s’en prendre à ceux qui, jour après jour, les rendent possibles et défendent une démarche véritablement durable ?

Ce manque de respect, à mes yeux, est inacceptable.

Stigmatisation du monde agricole

Or, la décision du ministre wallon Carlo Di Antonio (cdH) d’interdire le passage des tracteurs sur la #N25 est symptomatique d’un tel état d’esprit. Cette décision a été prise sans concertation et sans proposer aucune autre option viable. Qu’il y ait des accidents sur cette route est un fait difficilement contestable. Toutefois, faire porter la responsabilité de ceux-ci sur les seuls travailleurs agricoles en les stigmatisant un peu plus témoigne d’une vision étroite et simpliste.

En agissant ainsi et en accentuant la pression sur ces derniers, on déplace le problème sans nullement le régler. Il est tellement facile de contenter les uns au détriment des autres…

À l’évidence, dans ce dossier, des solutions alternatives existent. Elles ont le mérite d’être responsables, respectueuses et crédibles : modification de la signalétique, réaménagement des espaces, abaissement des limitations de vitesse, etc. Mais encore faut-il avoir l’honnêteté de les faire connaître et le courage de les explorer en dialoguant, dans un esprit d’ouverture, avec toutes les parties.

http://www.fwa.be/wordpressfwa/index.php/informations/le-journal-pleinchamp/

 

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