Combien de Mawda faudra-t-il encore… ? (L’Echo, 23 mai 2018)

#Mawda avait deux ans. Elle était #Kurde. Elle était #migrante. Elle portait l’espoir d’un avenir meilleur, loin des violences de la guerre ; loin du sang et des larmes. Elle n’aspirait qu’à vivre sa vie de petite fille, dans l’insouciance et dans la joie. Jeudi dernier, ici, en Belgique, une balle l’a tuée.

Bien sûr, des zones d’ombre et des incertitudes subsistent. Mais il y a beaucoup plus que cette balle. Il y a une politique répressive et inhumaine. Il y a la violence qu’elle rend possible – violence des mots, violence des gestes. Il y a le mépris qu’elle nourrit face à tous ceux que les malheurs ont poussés sur les routes. Il y a les certitudes meurtrières.

Il y a la mort de Mawda : une mort qui nous raconte l’histoire de l’innocence brisée.

Une mort qui nous parle aussi de la perte de nos valeurs et de l’oubli de notre histoire. Cette mort, à la fois singulière et universelle, nous rappelle celle de Loubna #Benaïssa ; celle d’An et Eefje ; celle de Julie et Mélissa ; celle de Semira #Adamu ; celle de Koita Yaguine et Tounkara Fode… celles des enfants et des adolescents que nous n’avons pas su protéger.

Toutefois, jusqu’ici, face à de telles tragédies, les responsables politiques belges ont toujours su prendre des décisions responsables et mener des réformes concrètes visant l’éthique et la justice. On attend du gouvernement actuel qu’il agisse dans cette même direction. Il en va de sa crédibilité.

Combien de Mawda faudra-t-il encore pour réveiller les consciences ?

Combien faudra-t-il de balles pour libérer nos esprits de leur aveuglement complice ? Combien faudra-t-il de morts pour infléchir, enfin, la politique gouvernementale ?

Il ne s’agit pas d’opposer la police aux migrants ni de stigmatiser quiconque. Dans cette affaire, comme dans d’autres, toute la lumière doit être faite. Qu’en est-il, d’ailleurs, de l’enquête du Comité « P » relative à l’expulsion de la famille tchétchène du centre Fedasil de Jodoigne ? C’était le 6 décembre… La voix de la démocratie, manifestement, n’a pas (encore) été entendue.

N’oublions jamais que les migrants sont d’abord des victimes !

Victimes de la guerre. Victimes des réseaux mafieux. Victimes des passeurs sans scrupules. Victimes de la répression policière. Victime de l’opprobre populaire. Victimes de notre indifférence. Dès lors, il n’est qu’un inacceptable tour de passe-passe pour les changer en criminels.

D’aucuns, par complaisance ou par adhésion, se plaisent à voir dans ce parfait mensonge l’expression du bon sens et du courage politique. Pour ma part, j’y vois le résultat d’une pensée étroite et rassie prompte à opposer les « bons » et les « mauvais » migrants ; les « bons » et les « mauvais » pauvres. Une pensée qui ne raisonne qu’en termes de petits intérêts et de petits calculs au mépris de la complexité du monde qui nous entoure.

Car de quelle cause ce courage est-il le nom ? Est-ce la cause de Donald #Trump et de Viktor #Orban ? Celle de l’#AfD en Allemagne et du #FPÖ en Autriche ? Celle du #PiS polonais et de la nouvelle coalition italienne ? Celles des #populismes et des démagogues ?

En effet, quel courage faut-il pour stigmatiser un peu plus ceux que l’opinion publique ne cesse déjà de dénigrer ? Quel courage faut-il pour pointer du doigt les réfugiés, les étrangers, que beaucoup voient en seuls coupables des maux de notre siècle ? Quel courage faut-il pour ériger en criminels les femmes, les hommes et les enfants qui fuient les ravages de la guerre ou de la pauvreté ?

Quel courage faut-il pour empêcher l’accueil des candidats à l’exil dans des conditions décentes et surtout humaines ? Quel courage faut-il pour renforcer les peurs et exciter les craintes ? Quel courage y a-t-il à tirer profit du malheur et de la détresse ? Tout simplement aucun !

Certains disent que les critiques des partisans du progrès et de la justice sont inaudibles.

Inaudibles ? Mais par qui ? Et pourquoi ? Devrait-on se taire pour laisser les xénophobes parler et blesser à leur guise ? Devrait-on fermer les yeux devant les positions qu’ils prennent, et qui sont plus révoltantes les unes que les autres ?

Aujourd’hui, il est temps que les progressistes et les démocrates de tous les partis, élus de la majorité et de l’opposition, fassent entendre leur voix. Il est temps de protéger les droits humains, l’égalité, la liberté, la fraternité et le sens du partage.

Arrêtons de laisser le champ libre à ceux qui, en #Belgique, en #Europe et ailleurs, foulent aux pieds les valeurs, les principes et les fondements de la démocratie. Lorsque tout le monde sera devenu inaudible ; lorsque plus personne n’osera se révolter, il ne régnera qu’un silence de mort.

Jeudi dernier, la mort a frappé Mawda.

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