LE ROI PHILIPPE ET LES SUEURS DE FLAHAUT (L’AVENIR, 20 JUILLET 2018)

Il y a 5 ans, le 21 juillet 2013, le roi Philippe prêtait serment. Maître d’œuvre de la cérémonie au Parlement, André Flahaut s’en souvient.

«Faire prêter serment à un roi, ce n’est pas tous les jours que ça arrive», s’amuse André Flahaut, président de la Chambre de 2010 à 2014 et, à ce titre, organisateur de la prestation de serment du roi Philippe, le 21 juillet 2013, au Parlement. «Après la cérémonie, il m’a confié qu’il se souviendrait de ce jour. Je lui ai répondu que je m’en souviendrai aussi. On a au moins ce souvenir en commun», confie l’ex-ministre de la Défense. «J’avais trouvé que son discours était bon.»

Organiser cette cérémonie exceptionnelle ne fut pas une mince affaire. D’abord, dit-il, parce que le roi Albert n’avait annoncé sa volonté d’abdiquer que le 13 juillet. Il restait à peine plus d’une semaine pour tout mettre au point.

En commençant par remonter des caves du parlement le trône qui avait servi à de précédentes intronisations. Le faire redorer et remettre en état. Puis l’installer dans l’hémicycle, à la place de l’habituelle tribune de président. «On n’a pas chômé». Et ces menus travaux ne furent encore rien à côté de la gestion de la liste – mouvante en fonction des présences confirmées ou non – de toutes les personnalités à placer selon un ordre protocolaire précis et bousculé.

«Dans le bon axe des télés»

«C’est comme le plan de table d’un mariage. Il fallait à chaque fois tout changer. Certains tardent à répondre, et même

parfois pour des raisons stratégiques, pour être placés dans le bon axe des télés. Ce ne fut pas simple, car il ne s’agissait pas de reproduire ce qui s’était fait en 1993 avec Albert».

«J’ai voulu changer pour moderniser et tenir compte de la sixième réforme de l’État.» En plaçant au premier rang les chefs des différents gouvernements fédérés, d’un côté, et les présidents des assemblées législatives, de l’autre. Le cardinal, traditionnellement placé face au roi, s’est du coup retrouvé relégué dans la tribune, avec les représentants des autres cultes. Le prélat d’alors était Monseigneur Léonard.

«Alors que tout le monde pensait que cela allait poser un problème majeur, il n’y a pas eu de difficulté», précise André Flahaut qui, sur son bureau, a encore l’occasion de caresser le bois précieux d’un des trois stylos qu’il avait fait réaliser par un artisan de Jodoigne pour cette occasion.

«Je ne craignais pas d’incident»

L’un a servi au roi pour signer son premier document officiel, l’acte d’investiture à envoyer au plus vite au ministère de la Justice. Ce stylo-là est toujours en possession du Palais. Un autre est resté au Parlement pour signer le livre d’or. Le troisième, Flahaut le garde précieusement, sur son support, en souvenir.

Sans remonter à Julien Lahaut, tout le monde avait en mémoire le «Vive la République» lancé par Jean-Pierre Van Rossem juste avant la prestation de serment d’Albert II.

La crainte des responsables de la sécurité était qu’un tel incident se reproduise. «C’est comme une opération militaire, il n’y a pas de situation sans risque. Moi, je ne craignais pas un incident, assure l’ancien président de la Chambre.

J’avais cadenassé la situation. J’avais rencontré pas mal de députés pour savoir s’ils venaient et j’avais des engagements de leur part.»

Les possibles trublions pouvaient être le fantasque député Laurent Louis, «qui m’a dit qu’il n’y aurait pas de problème», ou le bouillant Jean-Marie de Decker, qui n’est pas venu. Parmi les

absents remarqués, et non-excusés, les 12 députés et les 5 sénateurs du Vlaams Belang. Du côté de la N-VA, c’était partagé. «Les gens qui devaient être là pour leur fonction, comme Jan Jambon, le chef de groupe, ou Siegfried Bracke, sont venus.» Theo Francken et Zuhal Demir ne se sont pas déplacés. Et pas de trace non plus du président du parti national flamand, Bart De Wever, sur la liste de présence que parcourt André Flahaut, et qui est conservée aussi dans ses archives.

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