LA TRAGÉDIE DE MARCINELLE FACE À L’ACTUALITÉ DES MIGRATIONS EN ITALIE ET AILLEURS : UN DEVOIR DE MÉMOIRE

Le 30 juillet dernier, Donald Trump apportait son soutien à la politique migratoire du nouveau chef du gouvernement italien, Guiseppe Conte, saluant son « travail formidable » et sa « position très ferme à la frontière ». Le Président américain n’a d’ailleurs pas hésité à ériger ce gouvernement – qui associe les antisystèmes du Mouvement 5 étoiles et les néofascistes de la Ligue du Nord – en modèle pour les autres pays d’Europe… les incitant à « faire pareil ».

Les positions de Trump sur l’immigration sont bien connues, de même que sa complaisante à l’égard des populistes et des idéologues de la droite extrême. Son mépris pour les institutions de l’Europe unie, dont il espère la dislocation avec force, n’est un secret pour personne. L’intérêt manifeste qu’il porte à la politique italienne n’a, dès lors, rien d’étonnant, pas plus que son inacceptable tentative d’ingérence dans les affaires européennes. Une ingérence qu’il faut évidemment dénoncer avec la dernière virulence.

Les heures les plus sombres

Mais, comme toujours, les applaudissements et les simagrées de Trump cachent une réalité tout autre – funeste et tragique. En effet, la politique du gouvernement Conte tient plus de la violence que de la fermeté ; plus de la xénophobie que du réalisme. L’approche italienne tant vantée outre Atlantique est-elle novatrice comme d’aucuns le prétendent ? Certainement pas ! Elle rappelle au contraire les heures les plus sombres et les plus meurtrières de notre Histoire récente.

Depuis l’arrivée au pouvoir de la Ligue du Nord, voici deux mois, les mots et les actes se font, chaque jour, plus stigmatisants. Ils sont porteurs de haine. Ils encouragent la brutalité. Ils nourrissent les sentiments les plus hostiles à l’égard des étrangers. Ils désignent l’ennemi – l’immigré – qu’on peut désormais combattre et humilier sans peur et sans reproche.

Matteo Salvini, Ministre de l’Intérieur et leader de la Ligue, entend « nettoyer » l’Italie de ses migrants – ceux d’aujourd’hui autant que ceux d’hier. Il appelle à une « épuration de masse », « rue par rue, quartier par quartier ». Il ferme les ports italiens pour empêcher l’arrivée des navires de sauvetage. Il demande le fichage des Roms pour mieux les expulser. Il dénigre. Il raille. Il affiche son rejet, son dégoût.

Est-ce ainsi que l’on traite les candidats à l’exil ? Est-ce ainsi que l’on parle des femmes et des hommes de ce monde, d’où qu’ils viennent, et quelles que soient leurs croyances ? Est-ce ici l’esprit des Lumières et des Humanistes de la Renaissance ?

Des actes indignes ou le déshonneur de l’Italie

Il ne s’agit nullement de « fermeté », mais bien d’inhumanité et de racisme. Un racisme qui ne se cache plus. Un racisme crâneur et fier de lui-même. Un racisme conquérant qui s’étale ad nauseam, au mieux dans l’indifférence, au pire avec la complaisance et la complicité de tout le gouvernement.

Et pendant ce temps, celles et ceux qui n’ont pas la bonne couleur de peau ni les bonnes convictions ; celles et ceux qui semblent n’être « pas d’ici », pansent leurs plaies. Les agressions physiques et verbales se font plus nombreuses. Tantôt c’est un Marocain que l’on bat à mort. Tantôt c’est un Sénégalais que l’on roue de coups. Tantôt c’est une sportive italienne d’origine nigériane que l’on brutalise parce qu’on voit en elle une « prostituée noire ». Le reste est à l’avenant… jusqu’à l’écœurement.

N’oublions jamais !

Ce 8 août, comme chaque année depuis soixante-deux ans, nous commémorons la catastrophe du Bois du Cazier, à Marcinelle – au cœur des charbonnages. Devoir d’histoire. Devoir de mémoire. N’oublions jamais les corps foudroyés, ravagés, calcinés ; les familles mutilées ; les espoirs brisés. 262 mineurs sont morts ce jour d’août 1956. Des gueules noires comme on les appelait alors. Un coup de grisou et tout s’embrase. Tout est soufflé.

Il y avait des Belges, bien sûr, mais parmi ces mineurs beaucoup venaient d’ailleurs : d’Italie, d’abord, mais aussi de Pologne, de Grèce, d’Allemagne, de Hongrie, d’Algérie, de France, de Grande-Bretagne, de Russie, des Pays-Bas, ou encore d’Ukraine.

Tous cherchaient, dans des baraquements pourtant précaires, un avenir meilleur pour eux et pour leurs proches. Tous avaient l’espoir de lendemains plus heureux. Ils ont donné leur vie à la mine. Reconnaissons la grandeur de leur sacrifice. N’oublions jamais que le drame de Marcinelle porte en lui l’histoire et la mémoire de l’immigration, de ses attentes et de ses drames.

Célébrons l’étranger voyageur

Ce 8 août, c’est donc aussi l’immigration que l’on célèbre – celle d’hier, d’aujourd’hui, de demain ; celle d’Europe et celle d’ailleurs.

Force est alors de dénoncer l’imposture sans relâche : l’Italie de Salvini et de sa Ligue du Nord, l’Italie du fichage et de l’épuration, l’Italie qui violente et qui méprise, n’est tout simplement pas digne d’honorer la mémoire de ces étrangers voyageurs ; la mémoire du Bois du Cazier et de ses défunts.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *