100ème anniversaire de l’Armistice de 1918

C’était à #Rethondes, en forêt de Compiègne, en #France, le jour de la Saint-Martin 1918.
A 11 heures, les cloches se mirent à sonner. Pour la première fois depuis quatre longues et terribles années, elles ne sonnèrent pas le glas. Elles sonnèrent mêmement dans les villages voisins, dans les villes, et au-delà des frontières. Alors, nous avons compris.
Nous avons compris que la #guerre était finie.

C’est ce 11 novembre là que nous commémorons, pour la centième fois.
Le souvenir des drames, des massacres, des absurdités de la Grande Guerre ont pris le pas, au nom de la nécessaire mémoire, au nom du respect envers les millions de victimes de cette hécatombe de dimension mondiale et par extension, parce que nous n’en avons pas fini avec le délire belliciste, de toutes les victimes de tous les conflits du 20e siècle.

14/18, 40/45, #libération des camps, Guerre du #Vietnam, assassinat de John Kennedy, coup d’Etat au #Chili, attentats contre le World Trade Center, la fièvre commémorative a pris le pas sur la réflexion.
Certes, longtemps encore, les fantômes du passé proche ou lointain erreront dans notre quotidien.
Dans nos communes, plus de 2000 monuments aux morts noyés dans le paysage, sans doute autant de rues dédiées à la mémoire d’un combattant local tombé dans l’indifférence des riverains. Au fil de l’actualité, les appels au service de déminage de l’armée parce qu’un obus a été découvert dans un chantier, rappelle qu’une guerre a eu lieu. Les témoins ont disparu. Les guerres que l’on commémore sont entrées dans le souvenir collectif, dans les livres d’Histoire, dans les musées et dans l’abstraction.

Puisqu’il est de coutume de se donner une bonne conscience et d’alimenter quelques egos, on commémore quand même.
On a mis en place une mémoire officielle de commande de spectateurs plus ou moins obligés de participer à un rituel civil, militaire ou religieux ou les trois à la fois. On est dans la récurrence et le statisme.
Mais se pose-t-on encore les bonnes questions ?
Nous les sommes-nous posées ces 4 dernières années ?
Avons-nous par exemple, oser dire que le gaz moutarde de 14/18 a eu ses émules, devenant le Zyklon B dans les camps nazis d’extermination, l’agent orange au #Vietnam, et je ne sais quoi, il y a peu en #Syrie ? Oserons-nous dire que cette leçon là a été tirée ?

Siècle après siècle, toutes les terres ont été ensanglantées au nom des frontières à défendre ou à repousser. Par milliers, des hommes formés à l’aveugle obéissance, sont tombés pour quelques pointillés sur une carte.

Des dictateurs, des empereurs, des généraux, des papes ont avancé l’identification à une nation, à une mission sacrée. Ces autres milliers de morts sont-ils tous morts pour leur pays ou à cause de leur pays ? Pour une ambition particulière ou pour un improbable dieu ? Pour une liberté ou une susceptibilité blessée ? Déciderons-nous un jour d’objectiver sincèrement les guerres, dirons-nous un jour notre propension au mal ?

Au-delà de notre respect à la #mémoire des victimes, n’est-il pas temps de #comprendre les guerres et leurs raisons profondes, temps de #réfléchir hors les cercles littéraires ou philosophiques sur les questions du pourquoi de ce mal endémique de l’humanité, temps de se demander si toutes ces valeurs mises en exergue à chaque conflit valent la peine de mourir pour elles, ou non ? Et prendre le temps, à titre personnel, d’y répondre …

Les sempiternelles litanies qui rythment nos récurrentes apologies du devoir de mémoire ont-elles réussi à transformer la grande illusion du « Plus jamais la guerre » en un monde pacifié ?
Hélas non !
On redira des morts qu’ils ne sont pas morts en vain, qu’ils ont choisi la mort plutôt que le déshonneur et que l’on s’en souviendra.

Les #guerres n’ont pas cessé. Les prétextes changent … ou pas, le commerce des armes est plus florissant que jamais, les budgets militaires diminuent ici ou là, mais augmentent ailleurs, il arrive même que l’on détruise des armes mais il en restera toujours assez pour détruire le monde et des hommes pour justifier leur utilité.
Les guerres « traditionnelles » existent toujours, au #Yémen, en #Afghanistan, en #Syrie, … auxquelles s’ajoutent les guerres « modernes », celles des nouveaux rapports de force, celles issues de la technologie, celles immuables de l’argent.

Autrefois, on se souvenait des #militaires. La barbarie contemporaine des attentats ne se soucie plus du statut de ses cibles.
La #mémoire des civils a rejoint la mémoire des uniformes.

Entretenir la #mémoire d’un passé douloureux ne doit-il pas servir à s’interroger sur la propension humaine à s’autodétruire ?
Nous ne sommes pas obligés de maîtriser le concept du mal absolu d’Emmanuel Kant, ni d’adhérer à l’analyse de St Augustin pour lequel cette tension entre le bien et le mal serait la garantie de notre #liberté, ni de relire les propos d’Hannah Arendt sur la radicalité du mal.
Il « suffirait » que l’on s’interroge sur notre propre libre-arbitre, sur nos capacités de refus, sur la nécessité d’une rébellion collective contre la violence, sur la priorité absolue du #dialogue et de l’#assertivité.

Si l’Histoire a un sens, n’est-ce pas celui de tout faire pour éviter que cela recommence en osant, notamment, se poser ces questions là !

Certes, il est évident que depuis 1945, l’#Europe est heureusement pacifiée. Il fut pourtant à nouveau question de Sarajevo en 1998, lors de la guerre du #Kosovo …en plein cœur de l’Europe, il y a tout juste 20 ans !

Entre-temps, les mouvements d’extrême-droite font flores …

Anders Breivik en #Norvège, Jorg Haider et Sebastian Kurz en #Autriche, le parti Jobbik en #Hongrie, l’#Italie de Matteo Salvini, la nouvelle émergence de l’extrême droite en #Allemagne, Aube dorée en #Grèce, … et tous les autres qui sont notre terrible échec d’aujourd’hui. Soyons clair : la crise économique et le krach boursier ne suffisent pas à les expliquer ni à les excuser.

Nous avons gravement perdu la #guerre de la pédagogie et de la #tolérance et l’Europe qui nous avait permis de tant espérer s’est gravement compromise dans la technocratie, ses querelles de clocher et ses concessions aux lobbies.

Les commémorations doivent dépasser le stade mémoriel et s’inscrire dans une démarche politique – au sens premier du terme. Elles ne peuvent être une stérile aliénation satisfaite d’un moment d’émotion, elles doivent avoir pour enjeu la réappropriation par les citoyens de leur Histoire, des questions qu’elle soulève, des volontés qui sont les leurs pour la dépasser et continuer de la construire … autrement !
Lorsqu’on se souvient du passé, l’enjeu est de nous raconter à nous-mêmes ce qui nous importe mais aussi et surtout peut-être de déterminer ce qui nous importe pour l’avenir.

Au Professeur Christian De Duve, prix Nobel de médecine, décédé en 2013, un journaliste avait demandé : quelle serait votre épitaphe ?
Le Professeur répondit : « Tâchez de faire mieux que nous ».
Stéphane Hessel quant à lui nous invitait à nous indigner.

En ce centième anniversaire de l’#Armistice de la Première Guerre Mondiale, souvenons-nous mais surtout réagissons à ces mélanges d’incompréhensions, élevons-nous contre ces hargnes simplistes et irréfléchies qui polluent les réseaux sociaux, cessons ces stéréotypes dépréciatifs si néfastes au vivre ensemble afin que s’interrompent les escalades collectives qui ne peuvent que conduire au drame.

Le canon s’est tu à la onzième heure du onzième jour du onzième mois de l’année 1918 sur le front Est de l’Hexagone et donc de toute l’#Europe mais parce qu’il semble que la paix s’ennuie et qu’il faut toujours que la bêtise y mette du sien, le repli identitaire, l’obsession sécuritaire, les égoïsmes et la cupidité ont repris du service, avec vigueur.

Faut-il laisser à la #mémoire la liberté de s’effacer ou maintenir notre #liberté de l’entretenir ? Par delà l’usure des souvenirs, les versions édulcorées ou tronquées ou manipulées de l’#Histoire, reste la réalité des tourments de la #guerre qui nous disent à jamais ce que nous devons à la démocratie, à condition que le peuple lui-même ne s’élève pas contre la démocratie !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *