Oui, la Défense belge a un avenir. Il faut le vouloir ! (Le Soir, 24 janvier 2019)

Les objectifs présentés ce matin dans la presse par le Chef de la Défense, le général Marc Compernol, sous la plume de Frédéric Delepierre du Soir, reprennent les constats posés au début des années 2000 sous les deux Gouvernements Verhofstadt. Ces constats nous ont conduits à mener une politique ambitieuse qui s’est traduite dans les grandes priorités du « Plan stratégique 2000-2015 », et dans les décisions qui les ont concrétisées. Certaines mesures prises à l’époque ont toutefois été abandonnées par les successeurs. Il est donc encourageant de constater que notre vision des choses paraisse aujourd’hui correspondre aux besoins de la Défense.

Le personnel, qui constituait le Chapitre I du « Plan stratégique 2000-2015 », redevient le premier souci du Chef de la Défense. Lors des Gouvernements Verhofstadt, les actions visant à améliorer le statut, le recrutement, la formation et le bien-être au travail de l’ensemble des personnels civils et militaires, féminins comme masculins, ont été au cœur de nos préoccupations. Force est de reconnaître, en outre, l’attention particulière que nous avons portée aux personnes en situation de handicap.

En matière de formation – thématique trop marginalement abordée par le général Compernol – nous avons fait le choix d’intégrer l’École royale militaire (ERM) au sein du processus de Bologne. Ce projet a pu aboutir sous la direction du colonel Jean Marsia, alors directeur des études de l’établissement. Depuis lors, le niveau d’excellence de l’ERM a été mis à mal. On notera la réduction de la durée des études, celle du nombre de spécialités et d’options, de même que la baisse d’intensité de la recherche scientifique. Au reste, il est regrettable de constater que l’anglais est devenu la seule langue d’enseignement en Master. Cette uniformisation linguistique est symptomatique des choix opérés au sein de la Défense, comme l’est la diminution significative du nombre d’officiers étrangers (notamment africains) formés à l’ERM.

Au chapitre du personnel, qui préoccupe à juste titre le Chef de la Défense, il est exact de souligner, comme le fait ce dernier, qu’une carrière militaire représente, pour des jeunes en déshérence, une chance d’intégration et d’épanouissement. Rappelons, à cet égard, qu’un « Service volontaire d’utilité collective » avait été mis en place au début des années 2000. Ce programme, porteur d’avenir pour la jeunesse de notre pays, n’a malheureusement pas été poursuivi.

Par ailleurs, le général Compernol pointe l’état de la démographie et du marché du travail qui sont à l’origine du manque de ressources humaines nécessaires à l’encadrement de la Défense. Il incite, à raison, l’Europe à accepter l’immigration, eu égard aux opportunités qu’elle offre. Partant, une politique de partenariat, notamment avec l’Afrique, mérite d’être encouragée. Ceci étant, soulignons que depuis 2003, à mon initiative, tous les citoyens européens peuvent s’engager dans les forces armées belges. Dans une optique de vivre ensemble, nous devons avoir la volonté de rendre à la Défense son rôle sociétal en offrant une deuxième chance et des occasions d’emploi à ceux qui, sur ce plan, sont marginalisés. Il faut aussi saluer le souhait du Chef de la Défense de tisser des liens entre le monde civil et le monde militaire. Sous les Gouvernements Verhofstadt, nous avions d’ailleurs promu le concept de « carrières mixtes » : un projet abandonné par la suite. Ceci a contribué à affaiblir les liens entre la Défense et les citoyens. Ceux-ci, comme le déplore le général Compernol, méconnaissent l’armée. Une situation qui concerne également de très nombreux acteurs de la vie politique dans notre pays.

Lorsque j’étais ministre de la Défense, j’ai fait en sorte de donner à l’armée un caractère humain et des ambitions humanitaires ; de mettre celle-ci au service de la paix et de la solidarité – à l’intérieur, comme à l’extérieur du pays. Certains me l’ont reproché. Il s’agissait, pour moi, d’ouvrir les portes des casernes et de promouvoir une armée proche des gens et utile à la société, par exemple sur les questions climatiques et, plus largement, environnementales. Je constate aujourd’hui que le général Compernol dénonce le repli sur soi des forces armées et la dislocation des liens sociétaux.

Sur le plan des investissements de la Défense, nous avions fait, sous les Gouvernements Verhofstadt, un effort considérable : à peu près tout ce qui roule, vole ou navigue aujourd’hui sous le drapeau belge est le fruit de notre engagement pour une armée efficiente et bien équipée. Dans ce domaine, comme dans d’autres, l’important n’est pas de dépenser plus, mais de dépenser mieux, tout en favorisant l’émergence d’une véritable Défense européenne complémentaire à l’OTAN. Réjouissons-nous, à cet égard, des partenariats européens visant au renouvellement des véhicules blindés terrestres et de la marine. Enfin, il convient de ne pas accepter la privatisation des fonctions régaliennes, en ce compris la Défense, au nom d’un dogmatisme de la sous-traitance à tous crins ! Il en va de notre sécurité commune ! Il en va aussi de la pérennité de nos institutions !

Avec ce programme et de tels objectifs, la Défense a, je crois, de nouveau un avenir…

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