F-35 et autres commandes militaires… des doutes, encore une fois ! (Le Vif, 22 mars 2019)

En 2003, tandis que j’étais Ministre de la Défense, l’ensemble du Gouvernement Verhofstad a décidé de ne pas se joindre au programme conduit par les États-Unis pour le développement du F-35. Cette décision reposait, d’une part, sur le constat de coûts trop importants, d’autre part, sur la volonté gouvernementale de mettre en œuvre des partenariats stratégiques globaux (intégrant formation, partage de compétences et coopération industrielle) en vue de construire une véritable Europe de la Défense, et ceci en toute transparence – comme ce fut le cas pour les A400M et les NH90.

Pointons, dès lors, que si le Gouvernement Verhofstad n’avait pas pris cette décision en 2003, la Belgique n’aurait pas eu la possibilité de mettre en concurrence les différentes offres pour la succession de sa flotte de F-16. Nous nous serions alors trouvés devant le fait accompli et dans l’obligation d’accepter, en l’état, les conditions américaines.

Ceci étant dit, l’actuel Gouvernement fédéral, lorsque la N-VA se trouvait encore à la Défense avec M. Vandeput, a choisi le F-35 sur base d’aprioris véhiculés par les nationalistes flamands, et d’un partage du plan de réquipement entre trois États : les Pays-Bas fourniraient les frégates, la France aurait les véhicules blindés de la composante terrestre et les chasseurs de mines, enfin, les avions, la part du lion, reviendraient aux Américains.

Les discussions parlementaires relatives au programme de remplacement des F-16 ont montré que des doutes subsistaient quant à l’urgence d’un tel remplacement.
Plusieurs médias ont récemment montré combien nos doutes étaient infondés. Soulignons, à cet égard, que la Roumanie vient d’acquérir trente-six F-16 (A et B) de seconde main, fournis par le Portugal. Ces avions ont été modernisés ces dernières années.

En outre, l’entreprise Lockheed Martin vient d’annoncer ce 12 mars qu’elle établirait en Norvège un nouveau centre de maintenance, de réparation et de modernisation pour l’ensemble des F-16 européens – sont visés ici la Belgique, les Pays-Bas, le Danemark et la Pologne. Ceci montre que de nombreux F-16 A et B resteront opérationnels encore bien des années.

Par ailleurs, la lecture du projet de Budget américain de la Défense pour 2020 nous apprend que la confiance des autorités du Pentagone à l’égard du programme du F-35 a singulièrement diminué ces derniers temps. Le nombre de F-35 commandés par les forces armées américaines a baissé depuis l’an passé : 78 en 2020 contre 93 en 2019. Par contre, les Américains investissent massivement dans l’acquisition et la modernisation de modèles plus anciens, notamment le F-15 développé voici plus de 40 ans.

En résumé, le choix du F-35 opéré par l’actuel Gouvernement fédéral n’a pas fait l’objet d’une démarche globale intégrant tant les partenariats internationaux que les retombées industrielles, notamment pour les entreprises wallonnes… lesquelles ne voient, pour l’heure, quasiment rien venir.

Enfin d’un point de vie géostratégique, ce choix du F-35 nous met un peu plus sous la coupe du fantasque M. Trump. Celui-ci ne vient-il pas de proposer que le Brésil de M. Bolsonaro rejoigne l’OTAN… feignant ainsi d’oublier que cet acronyme signifie Organisation du traité de l’Atlantique Nord ?

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