70e anniversaire de l’OTAN : rappeler les fondamentaux pour donner une chance à la paix

À l’occasion du 70e anniversaire du Traité de Washington du 4 avril 1949, dit « Traité de l’Atlantique Nord », il convient de faire le point sur l’avenir de cette organisation politico-militaire mise en place par les Alliés au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

 

« VIVRE EN PAIX AVEC TOUS LES PEUPLES »… DU RÊVE À LA RÉALITÉ

Le préambule du traité mérite d’être cité. Il est historique et témoigne d’une certaine conception du monde. Un monde où l’on voulait faire prévaloir la voie du multilatéralisme contre les ravages de l’unilatéralisme ; un petit rappel pas inutile…

« Les États parties au présent Traité, réaffirmant leur foi dans les buts et les principes de la Charte des Nations Unies et leur désir de vivre en paix avec tous les peuples et tous les gouvernements ; déterminés à sauvegarder la liberté de leurs peuples, leur héritage commun et leur civilisation, fondés sur les principes de la démocratie, les libertés individuelles et le règne du droit ; soucieux de favoriser dans la région de l’Atlantique Nord le bien-être et la stabilité ; résolus à unir leurs efforts pour leur défense collective et pour la préservation de la paix et de la sécurité, se sont mis d’accord sur le présent Traité. »

À la fin de l’année 1950, la guerre de Corée conduit à nommer le général Dwight D. Eisenhower commandant suprême des forces alliées sur le continent européen. Trois mois plus tard, le Quartier général des puissances alliées en Europe (le SHAPE – Supreme Headquarters Allied Powers Europe) est opérationnel. De son côté, la construction d’une véritable Europe de la Défense apparaît déjà comme un mirage. Très concrètement, l’échec de la Communauté européenne de Défense et de la Communauté politique européenne en 1954 entraîne l’adhésion de la RFA – République fédérale d’Allemagne à l’OTAN. Son réarmement est chose faite en 1955.

APRÈS LA GUERRE FROIDE : VERS UN NOUVEAU CONCEPT STRATÉGIQUE POUR ASSURER LA PÉRENNISATION DE L’OTAN

À l’issue de la guerre froide, en 1991, l’OTAN aurait dû disparaître faute d’adversaire… Toutefois, aux yeux de certains, l’Alliance permettait, d’une part, de réaliser des économies d’échelle, d’autre part, elle évitait que l’Allemagne réunifiée ne se retrouve en position hégémonique en Europe. Dans ce contexte, l’OTAN se transforme et se dote alors d’un nouveau concept stratégique. Son but : assurer la sécurité et la défense collectives. Pour ce faire, elle utilise des forces conventionnelles et nucléaires ainsi qu’une défense antimissile, ceci compte tenu de la prolifération des armes de destruction massive et des missiles balistiques. Elle aide à faire face aux cyberattaques et au terrorisme. Elle assure la sécurité maritime et aérienne. Elle contribue à la gestion des crises et des conflits dans son voisinage. Elle renforce ses liens avec l’Union européenne et plaide pour le renforcement des capacités militaires de l’Alliance. Ce serait mentir que d’affirmer que l’OTAN ou certains de ses États membres ont facilité la construction de l’indispensable Défense européenne. Laquelle est, aujourd’hui encore, inexistante.

L’OTAN développe alors progressivement un élargissement vers l’Est européen et un partenariat avec la Russie. Celui-ci est établi sur l’« Acte fondateur » signé à Paris le 27 mai 1997 et accompagné par une charte de partenariat avec l’Ukraine. Ceci dit, pointons que sans mandat du Conseil de sécurité de l’ONU, l’OTAN participe à la guerre du Kosovo en bombardant la Serbie du 24 mars au 10 juin 1999. Suite aux attentats du 11 septembre 2001, l’OTAN intervient en Afghanistan. En effet, les États-Unis ont invoqué le fameux « Article 5 » du Traité de l’Atlantique Nord relatif à la « Défense mutuelle ».

2003 : L’ANNÉE DU « NON » BELGE À L’AVENTURE IRAKIENNE !

En 2003, les Alliés se désunissent sur l’invasion de l’Irak par les Américains. La Belgique, la France, l’Allemagne et le Luxembourg s’y opposent catégoriquement. J’étais, à l’époque, ministre de la Défense. Pour moi comme pour Louis Michel, alors ministre des Affaires étrangères dans le Gouvernement Verhofstadt, il était hors de question d’intervenir en Irak sur la base de fioles blanchâtres et d’images incertaines brandies comme des preuves indiscutables ; hors de question de céder aux pressions américaines. Nous avons dit « Non » ! Et nous avons eu raison ! Car, depuis, la vérité a éclaté sur cette première fake news.

DÉRIVES MÉGALOMANIAQUES ET DANGERS DE L’UNILATÉRALISME

En 2008, la France rejoint la structure militaire de l’Alliance atlantique, à l’exception du groupe des Plans nucléaires. Le Conseil atlantique de Bucarest, qui se propose d’étendre encore l’élargissement vers l’Est, encourage la Géorgie à attaquer l’Ostéite du Nord, ce qui provoque une contre-attaque russe puis l’occupation de l’Ostéite du Sud. Depuis, l’OTAN n’a pu résoudre ce nouveau conflit gelé à l’est de l’Europe, mais elle élargit ses partenariats dans la zone Asie-Pacifique.

Les tensions avec la Russie ne font que croître avec le déploiement d’un bouclier antimissile par l’OTAN, l’invasion de la Crimée par la Russie en 2014, puis le conflit dans le Donbass. Tout cela provoque la mise en place réciproque de sanctions économiques, la dénonciation de l’accord sur les armes nucléaires de portée intermédiaire et le réarmement des deux camps. Lesquels mettent en avant leurs forces de réaction lors de grandes manœuvres ou lors des interventions extérieures, occidentales en Libye ou contre Daesh, et russe en Syrie. Tandis que la Turquie s’écarte de l’OTAN, notamment en achetant des missiles antiaériens russes, les Américains renforcent leur présence en Europe. Qu’on pense, par exemple, aux installations otaniennes développées en Belgique comme en Pologne. Des installations financées par les Alliées pour le seul bénéfice des États-Unis.

REVENIR D’URGENCE AUX FONDAMENTAUX

L’arrivée au pouvoir de Trump a considérablement renforcé l’unilatéralisme des Américains. Depuis 2003, ceux-ci privilégient le recours à des coalitions ad hoc plutôt que la mise en œuvre de l’Alliance. Au reste, l’OTAN s’est avérée incapable, depuis sa création, d’améliorer la mobilité des forces alliées en Europe et l’efficience des dépenses européennes de Défense.

OUI À LA PAIX ! NON À LA GUERRE !

Le 70e anniversaire du Traité de l’Atlantique Nord nous invite donc à réfléchir concrètement à la définition des objectifs stratégiques de l’Europe et de l’OTAN, ceci dans la mesure où nos intérêts et ceux des Américains sont aujourd’hui de moins en moins compatibles. C’est surtout l’occasion de retrouver le chemin des principes fondateurs de l’Alliance que sont la stabilité, la liberté, la paix, la sécurité, la démocratie… dans un esprit multilatéral et respectueux de tous les membres.

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